L’accord de Paris sur le climat est irréversible

Zonnepanelen in Shanghai
Des panneaux solaires à Shanghai (© Shutterstock)

 
Au début de l'année dernière, nous évoquions l'accord de Paris sur le climat (Globe, 1/2016). Entre-temps, une nouvelle conférence sur le climat s'est tenue à Marrakech. Où en sommes-nous donc réellement avec l'accord sur le climat ? Est-il encore possible de maintenir le réchauffement de la planète sous la barre des 2°C ?

 
RATIFICATION : PLUS VITE QUE PRÉVU

L'accord de Paris sur le climat est entré en vigueur le 3 novembre 2016, juste avant la Conférence de Marrakech sur le climat (7-18 novembre 2016). À cette date, au moins 55 pays, responsables ensemble d'au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, avaient officiellement déposé leur ratification auprès des Nations unies. Cette ratification s'est faite bien plus vite que prévu, notamment grâce aux efforts du président Obama (États-Unis) et du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. L'Union européenne a ratifié l'accord en octobre et n'a donc pas attendu la reconnaissance de chacun des États membres, prévue en 2017.

 
LES 4 RÉSULTATS DE LA CONFÉRENCE DE MARRAKECH SUR LE CLIMAT (COP22)

Peu de résultats concrets étaient attendus lors de la Conférence de Marrakech sur le climat. Mais encouragée par l'activation rapide de l'accord sur le climat, la conférence souhaitait montrer qu'il existait une volonté politique forte d'aborder la thématique du changement climatique. La conférence a finalement obtenu quatre résultats importants.

1. Le « rulebook » doit être établi d'ici 2018

La Conférence de Paris sur le climat ne mentionne souvent que des principes importants et des objectifs pour chacun de ses chapitres tels que la transparence, l'imputabilité et le renforcement des capacités. Il s'agissait donc d'établir un « rulebook », c'est-à-dire un ensemble de règles applicables et détaillées sur la base de ces principes, et notamment qui fait quoi. La Conférence de Marrakech sur le climat a décidé que ces modalités d'application devaient être établies d'ici 2018, et non d'ici 2020 comme initialement prévu.

2. Le processus de décision jusqu'en 2018 sera pris en charge par toutes les parties

Une « conference of the parties » est généralement organisée après une ratification : il s'agit d'une conférence pendant laquelle les pays qui ont ratifié l'accord – les parties à l'accord – se concertent. La première réunion de l'accord sur le climat a eu lieu à Marrakech. Il y a été convenu que tous les pays seraient impliqués dans l'élaboration des modalités d'application jusqu'en 2018, même ceux qui n'ont pas encore ratifié l'accord, mais qui ont l'intention de le faire. Ces pays ne sont donc pas exclus du processus décisionnel.

3. Il est possible d'allouer 100 milliards de dollars par an à la réduction des émissions des pays en développement et au renforcement de leur résilience face aux changements climatiques

Il n'est pas facile de calculer précisément les montants consacrés au climat. À Marrakech, les pays riches ont présenté une analyse très solide concernant leur financement climatique des pays en développement. L'étude indiquait que le financement public par les pays riches passerait de 41 milliards de dollars au cours de la période 2013-14 à environ 67 milliards de dollars à l'horizon 2020. En incluant le financement privé (les crédits à l'exportation par exemple), nous devrions dépasser les 100 milliards de dollars en 2020. Les pays en développement ont eux aussi accepté les conclusions de cette étude. La promesse de Copenhague (2009) de mettre 100 milliards de dollars à la disposition des pays en développement n'est donc pas restée lettre morte.

4. L'accord de Paris sur le climat est irréversible

L'accord de Paris sur le climat de 2016 a été largement soutenu par la société civile. Il a marqué un tournant dans la manière dont le monde fait face au changement climatique. Marrakech devait confirmer la volonté politique d'évoluer vers une économie faible en carbone. L'élection du climatosceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis pendant la Conférence de Marrakech n'a fait que renforcer l'urgence d'un tel signal. La conférence est parvenue à envoyer un signal politique fort soulignant l'irréversibilité de l'accord de Paris sur le climat. Par ailleurs, l'initiative réside depuis entre les mains de toutes les parties concernées et ne se limite plus seulement à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Les pays, les ONG, le secteur privé, les particuliers, etc., sont encouragés à mettre l'accord en pratique.
 

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Discours de l’ancien Secrétaire général Ban Ki-Moon au sommet climat de Marrakech (©UN Photo/Evan Schneider)

 
5 QUESTIONS FRÉQUENTES

1. 100 milliards de dollars par an suffiront-ils pour les pays en développement ?

Pour que le monde soit « neutre en carbone » à l'horizon 2050 – et n'entraîne donc plus de réchauffement climatique –, c'est l'économie tout entière qui doit être transformée ! Les engagements de l'Inde et de la Chine en matière de climat requièrent déjà à eux seuls plus de 100 milliards de dollars. La Chine estime que 6 500 milliards de dollars seront nécessaires pour concrétiser ses engagements d'ici 2030 (investissements dans les énergies renouvelables, efficacité énergétique, etc.). La transition vers une économie faible en carbone et résiliente face aux changements climatiques exigera donc des centaines de milliards de dollars. Le surcoût reste toutefois limité, notamment en comparaison des dommages attendus. Les 100 milliards de dollars prévus pour les pays en développement constituent un levier important, même si des investissements privés bien plus élevés seront nécessaires.

2. Pourquoi des fonds de développement sont-ils utilisés pour des projets liés au climat ?

Les critiques trouvent inapproprié que l'argent dédié à la coopération au développement soit considéré comme fonds climatiques. Il est vrai qu'une partie des fonds de développement est utilisée pour accroître la résilience des pays en développement face aux changements climatiques. Ces fonds sont inclus dans le calcul des 100 milliards de dollars et sont en même temps reconnus comme aide officielle au développement ou APD.

Il est logique que l'aide aux pays en développement soit considérée comme APD. En outre, les projets de développement doivent tenir compte du changement climatique, sans quoi leurs résultats seraient vains sur la durée. En pratique, il s'avère donc impossible de distinguer les projets climatiques et la coopération au développement. Par exemple, les investissements dans les énergies renouvelables participent également à la lutte contre la pauvreté et à la création d'emplois.

On peut poser la question dans l'autre sens : ne peut-on augmenter les fonds du développement de manière à consacrer davantage de projets à la résilience face aux changements climatiques ? Certains pays européens y consacrent 0,7 % de leur produit intérieur brut voire plus, mais un tel effort est trop grand pour la Belgique en cette période de rigueur budgétaire.

La Belgique s'est engagée à allouer 50 millions d'euros par an pour les fonds climatiques destinés aux pays en développement, dont 25 millions d'euros par les autorités fédérales. En 2016, ces 25 millions d'euros provenaient entièrement des caisses de la coopération au développement.

3. Pourquoi des engagements nationaux volontaires en matière de climat ?

Certains pays estiment que l'accord sur le climat est faible parce que chacun des pays peut choisir lui-même comment il souhaite limiter ses émissions de gaz à effet de serre. Ils auraient préféré que des objectifs stricts soient imposés. Mais cela n'est pas réalisable en pratique : de nombreux pays préfèrent décider par eux-mêmes. L'accord sur le climat prévoit que les pays devront réaliser un maximum d'efforts. Ces efforts seront par ailleurs révisés tous les 5 ans en fonction des avancées scientifiques.

4. Que fait l'Union européenne ?

L'UE a indiqué qu'elle souhaitait réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40 % d'ici 2030, par rapport au niveau de 1990. Ce qui représente 20 % d'ici 2020, 60 % d'ici 2040 et au moins 80 % d'ici 2050. Cet objectif correspond plus ou moins aux prévisions du groupe d'experts intergouvernemental sur le climat : les pays riches doivent réduire leurs émissions de 80 à 95 % d'ici 2050 pour maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C. L'UE prend en outre toute une série d'initiatives visant à aider les pays en développement à concrétiser leurs promesses en matière de climat. Cela pourra augmenter de quelques points de pourcentage les 80 % prévus. C'est en tout cas ce qui a été convenu.

L'UE souhaite réaliser ses 40 % de réduction à l'horizon 2030 dans les 3 domaines suivants :

  1. Industrie : 43 % d'émissions en moins par rapport à 2005. Chaque année, l'industrie obtient 2,2 % de droits d'émissions en moins.
  2. Activités non liées à l'industrie (logement, agriculture, transport…) : 30 % d'émissions en moins par rapport à 2005, chaque pays se voyant imposer un objectif particulier. Pour la Belgique, l'objectif est même de 35 %, ce qui est très élevé.
  3. Éléments de soutien comme l'énergie et les combustibles

5. Sommes-nous sur la bonne voie pour freiner le réchauffement de la planète ?

L'accord de Paris prévoyait de limiter le réchauffement de la Terre à moins de 2°C par rapport au niveau préindustriel. Et si possible, même à 1,5°C. Aujourd'hui, lorsque l'on additionne tous les efforts réalisés par tous les pays, nous parvenons uniquement à maintenir le réchauffement sous la barre des 3°C. C'est donc insuffisant.

L'accord sur le climat prévoit une analyse qui vérifiera tous les 5 ans quel est le niveau mondial d'émissions de gaz à effet de serre. Cela permettra d'adapter les efforts, notamment en fonction des avancées technologiques. La première analyse aura lieu en 2023. Un dialogue est cependant prévu en 2018 afin de faire le point sur la progression des contributions nationales. La même année, le groupe d'experts intergouvernemental sur le climat présentera un rapport sur la façon de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. Il est donc possible d'aller au-delà de ce qui est actuellement sur la table.

Tout dépendra des contraintes économiques. Les panneaux solaires par exemple sont aujourd'hui tellement bon marché que l'Inde a déjà largement dépassé ses promesses en matière de climat. Les énergies renouvelables (éolien, solaire, etc.) coûtent souvent moins cher que l'énergie issue des combustibles fossiles comme le pétrole et le gaz naturel. La technologie jouera également un rôle important. Aujourd'hui par exemple, la technologie permettant d'utiliser le CO2 comme matière première pour, entre autres, les matériaux de construction, les produits chimiques et les combustibles est déjà au point – même en Belgique. Cela limitera les émissions de CO2.

Les défis restent bien sûr considérables. Il suffit de penser aux maisons qui, à l'horizon 2050, doivent en principe être neutres en carbone. Les climatosceptiques aux commandes comme Donald Trump ne peuvent pas inverser la tendance dans l'immédiat. Mais tout dépend de la durée de leur mandat et du nombre de partisans qu'ils sauront s'attirer.

Chris Simoens et Ulrik Lenaerts

 
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