Louvain, la métropole des bananes

Bananen

La banane est le fruit le plus populaire du monde. Elle est cultivée en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Mais la Belgique (oui, vous avez bien lu) abrite la plus grande collection de bananes au monde: dans le Laboratoire de Phytotechnie tropicale de la KU Leuven. Le 23 janvier 2017, notre pays fête le 30e anniversaire de la banque de gènes du bananier. Celle-ci aide les chercheurs et les agriculteurs du monde entier à mieux comprendre la culture de la banane.

 
Un échantillon de variétés

La banane telle que nous l'achetons aujourd'hui dans le magasin, connaît une histoire de non moins de 8.000 ans. Il a fallu si longtemps pour que l'homme arrive à une sélection naturelle répondant aux exigences du consommateur. Initialement, la banane sauvage était un fruit de quelques centimètres seulement, contenant plein de semences, mais peu de chair.

En fait, une seule sorte de bananes est commercialisée: la Cavendish. C'est dommage, trouve Swennen, car il existe tellement de variétés différentes bien plus délicieuses. Comment cela se fait-il ? Le consommateur occidental est plutôt sélectif: en effet, les bananes doivent avoir une belle couleur jaune, avoir un goût sucré, satisfaire à une certaine dimension,... Il existe des bananes de toutes sortes de couleurs et de formats. Celles-ci sont cultivées dans les tropiques par de petits agriculteurs. Ces derniers assurent leur propre consommation et vendent le reste sur des marchés locaux.

 
L'or vert du Sud

Pour plus de 500 millions de personnes, la banane constitue une source alimentaire vitale. Il s'agit de la quatrième culture la plus importante au monde, après le riz, le blé et le maïs. Surtout en Afrique, la population dépend fortement de ce fruit. Non seulement en tant qu'aliment, mais aussi en tant que source de revenus.

Outre la banane dessert sucrée que nous connaissons, il y a les bananes à bouillir, les bananes à cuire et les bananes à bière. Dans les tropiques, aucune partie de la plante de la banane ne se perd: les fleurs et le tronc servent de légumes, les grandes feuilles de revêtement de toiture, et les fibres du tronc sont utilisées pour la fabrication de vêtements. Ainsi, les femmes en Afrique orientale transforment des bananes à bouillir en farine qui sert alors d'aliment pour bébés. En Ouganda, elles pressent la chair du fruit en purée avec les feuilles; accompagné d'un petit morceau de viande et de haricots, c’est un plat national typique: le Matoke.

 
Les bananes font tourner l'économie

Chaque année, plus de 145 millions de tonnes de bananes sont cultivées. Seulement 15 % de cette production sont exportés. En d'autres termes, pas moins de 85 % de toutes les bananes produites dans le monde sont destinées à la consommation locale. L’Inde est le plus grand producteur de bananes du monde, l’Équateur exporte le plus de bananes et les États-Unis sont le plus grand consommateur. En Europe, la Belgique est en tête: nous mangeons chaque année environ 8 kg de bananes. Notre pays est en outre le deuxième plus grand importateur et exportateur de bananes à l'échelle mondiale.

 
La banque de gènes, un centre de transit

La banque de gènes du bananier à Louvain conserve 1.536 variétés de bananes. Elle rassemble des informations digitales sur chaque espèce et les met à disposition sur Internet, dans le but de promouvoir la diversité et d'en stimuler l'utilisation, pour que les différentes variétés subsistent pour les générations futures. La banane est en effet de plus en plus menacée par les maladies et le déboisement. À Louvain, ils 'assainissent' le matériel qui est apporté. Ainsi, 70 % de la collection sont exempts de maladies. Le labo mène en outre une recherche sur la résistance à la sécheresse.

La banane ne se reproduit pas en plantant des semences. C'est pourquoi on conserve des petites boutures des différentes espèces dans des éprouvettes pourvues d'un fond d'aliments. Ceux-ci se trouvent dans des locaux de culture, à une température constante de 15° C, avec un peu de lumière. Par leurs racines, elles absorbent les minéraux, vitamines, protéines et sucres. Chaque année, les petites boutures sont renouvelées.

Le professeur Swennen commente le fonctionnement quotidien: « Via notre site Internet, nous recevons constamment des demandes pour de nouvelles variétés. Nous envoyons gratuitement 5 échantillons par sorte. Depuis nos 30 ans d’existence, nous avons envoyé du matériel à plus de 109 pays. Nos clients sont des ONG, des universités, des organismes de recherche, mais naturellement aussi les agriculteurs eux-mêmes. Comment procédons-nous à l'envoi ? Soit dans de petits sacs en plastique, soit dans de petits pots en plastique avec un bouchon à vis. Nous encourageons nos partenaires à mettre en place des laboratoires et à créer un commerce local de plants. Ce sont généralement des entreprises privées qui continuent de multiplier ce matériel et de le mettre à disposition des agriculteurs locaux à un prix bon marché. On est donc loin du processus classique des subsides. »

Dans le monde entier, il y a environ 2.000 variétés disponibles. Le but est de toutes les rassembler à Louvain et d'affiner les cartes génétiques des différentes espèces. Chaque petite bouture porte un code-barres. Une fois que celui-ci est scanné, toutes sortes d'informations apparaissent sur l'identité et les caractéristiques. En outre, toute la collection a été gelée (avec de l'azote liquide à une température de -196°C) afin de conserver la diversité pour toujours. Après dégel, les petites plantes restent viables et peuvent continuer de croître.
 

 
Collection de l'humanité

La Belgique mène, depuis déjà 1910, des recherches sur les bananes. En raison du lien historique de notre pays avec l'Afrique centrale et l'expertise de la KU Leuven avec la culture in vitro et la stabilité de notre pays, il n'est pas illogique que la collection soit abritée auprès de la KU Leuven. Entretemps, la collection tombe sous Bioversity International, un institut de recherche qui se concentre sur la conservation de la diversité des cultures agricoles. La Coopération belge au Développement soutient la recherche sur les bananes depuis plus de 40 ans.

La banque des gènes est sous les auspices de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Celle-ci part en effet du principe que la collection appartient à l'humanité. Et plus précisément aux agriculteurs qui ont initialement livré le matériel. Les clients ne peuvent donc pas breveter les petites boutures de la banque de gènes. Si le matériel devait être commercialisé un jour, une partie du bénéfice devra alors retourner aux agriculteurs par le biais des Nations Unies.

 
Les cultivateurs au centre

Swennen trouve important de s'immerger totalement dans la culture de la population locale. « Vous pouvez alors arriver à une variété qui semble parfaite, mais vous devez encore vérifier comment les agriculteurs réagissent aux nouvelles plantes. Des feuilles trop grandes entraînent, par exemple, trop d'ombre sur d'autres plantes. Les petites grappes sont parfois préférées parce qu’elles apparaissent 5 fois par an, tandis que les grosses grappes n'apparaissent qu'1 fois par an. Il est donc important d'offrir suffisamment de choix. »

Ainsi, après le génocide rwandais, il y a eu un énorme afflux de réfugiés du Rwanda et du Burundi vers la Tanzanie. Pour contrer la faim extrême, on a transféré 70.000 plantes à partir de Louvain (24 variétés) en Tanzanie. Celles-ci ont été plantées et appréciées par les agriculteurs. Ils ont finalement sélectionné 14 des 24 espèces et ont produit 6 millions de plants. Ce fut un énorme succès: un demi-million de personnes ont vu leurs conditions de vie s'améliorer et les agriculteurs ont triplé leur revenu ! « Ainsi, on n'a pas seulement évité la faim, mais un vrai commerce de grappes et de plants a vu le jour dans le pays lui-même.
Nous pouvons apporter des connaissances, mais nous devons également faire confiance aux  connaissances traditionnelles des agriculteurs. C'est seulement ainsi que vous parvenez à une situation gagnant-gagnant »
, conclut Swennen.

Stefanie Buyst
 

Bioversity International

Bioversity International est une organisation mondiale de recherche pour le développement qui apporte des preuves scientifiques, des solutions pratiques et des politiques adaptées afin d'utiliser et de sauvegarder la biodiversité agricole et arboricole pour une sécurité alimentaire et nutritionnelle globale et durable. L'organisation travaille avec des partenaires dans des pays à bas revenus, où la diversité agricole et arboricole peut contribuer à améliorer la nutrition, la résilience, la productivité et l'adaptation au changement climatique. Bioversity International est un Centre de Recherche du CGIAR.

Le CGIAR est un partenariat mondial de recherche pour un avenir garanti de l'alimentation. Les recherches du CGIAR sont dédiées à la diminution de la pauvreté, au renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ainsi qu'à l'amélioration des ressources naturelles et des services écosystémiques. Ces recherches sont menées par 15 Centres CGIAR, en étroite collaboration avec des centaines de partenaires à travers le monde.

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