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Le bâtiment de l’OSCE à Vienne (Autriche) (© Getty Images).
Le 27 mai 2025, à l’occasion du 50e anniversaire de la signature de l’Acte final d’Helsinki, notre SPF a organisé un débat sur l’avenir de l’architecture de la sécurité en Europe, en collaboration avec l’Institut Egmont . En effet, malgré la crise avec la Russie, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) reste un organe de sécurité unique pour le continent eurasiatique.
À l’heure actuelle, l’OTAN est sur toutes les lèvres. En effet, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a ébranlé notre rêve d’une Europe sûre. Savez-vous toutefois que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe joue elle aussi un rôle majeur dans le maintien de la sécurité sur notre continent ? L’OSCE défend le dialogue, la résolution des différends, la création de liens de confiance et la promotion de la coopération entre les pays. Nous avons déjà abordé en détail le fonctionnement de l’OSCE dans un précédent article.
Une place à part
L’OSCE occupe une place à part parmi les multiples organisations multilatérales (l’OTAN, l’UE, les Nations Unies…). Ainsi, contrairement à l’OTAN, l’organisation n’a rien d’un groupe de pays partageant des vues similaires. Parmi les 57 États membres se trouvent, entre autres, les États-Unis, la Russie, la Biélorussie, les États membres de l’UE, l’Ukraine et les pays des Balkans et d’Asie centrale. En d’autres termes, l’OSCE rassemble également autour de la table des pays en conflit. De plus, toutes les décisions sont prises par consensus.
Son approche multidimensionnelle constitue également une caractéristique unique. En effet, l’OSCE estime indispensable, pour atteindre une paix véritable, de prendre en compte plusieurs dimensions. Sur le plan politico-militaire, à savoir la première dimension, l’organisation cherche par exemple à renforcer l’ouverture, la transparence et la coopération. Au travers de toute une série de traités et d’accords, elle s’efforce de participer au contrôle des armements, d’encourager une transparence mutuelle et de veiller au stockage et à la destruction des armes en toute sécurité.
La seconde dimension porte sur l’économie et l’écologie, un volet incontournable. L’OSCE promeut la bonne gouvernance, lutte contre la corruption et sensibilise à la protection de l’environnement. La répartition équitable des ressources naturelles et un environnement sain constituent des facteurs de stabilisation, car les problèmes environnementaux peuvent entraîner des flux migratoires, qui peuvent à leur tour causer une déstabilisation des sociétés.
Enfin, les droits humains et les libertés fondamentales, qui constituent la troisième dimension, occupent une place prépondérante. Ces droits et libertés constituent les fondements d’une société stable. L’OSCE aide les États participants à renforcer leurs institutions démocratiques et à tenir des élections justes et transparentes. L’idée est que, si les États fonctionnent bien, ils seront moins susceptibles d’entrer en conflit avec leurs voisins. L’OSCE a en outre formulé les règles d’or de l’observation électorale.
Par ailleurs, l’Acte final d’Helsinki, qui a jeté les bases de l’OSCE il y a de cela 50 ans, énonce 10 principes, comprenant entre autres l’inviolabilité des frontières, le règlement pacifique des différends et le respect de la souveraineté des États.
Le séminaire sur le rôle de l’OSCE et l’avenir de l’architecture de sécurité européenne, co-organisé par notre SPF (© SPF Affaires étrangères).
Un 50e anniversaire en demi-teinte
Le 31 juillet prochain, la Conférence Helsinki+50, commémorera en Finlande le 50e anniversaire de la signature de l’Acte final d’Helsinki. Une célébration néanmoins en demi-teinte. En effet, en envahissant l’Ukraine, la Russie a foulé aux pieds l’ensemble des dix principes de l’Acte final d’Helsinki. Le pays s’est en outre retiré de plusieurs traités de contrôle des armements. En tant que grande puissance mondiale, la Russie semble s’estimer au-dessus des règles et autorisée à soumettre des pays de plus petite taille à sa domination. Les États-Unis ne sont pas en reste, puisqu’il remettent aussi de plus en plus en question l’utilité des partenariats et alliances.
Ces évolutions signifient-t-elles pour autant que le rôle de l’OSCE est devenu obsolète ? Comment doit évoluer l’architecture de la sécurité de l’Europe en ces temps troublés ? Pour trouver des réponses à ces questions, notre SPF a coorganisé un séminaire le 27 mai 2025. Le public était composé de spécialistes, de diplomates, de militaires, d’universitaires et de plusieurs étudiants.
Vous trouverez ci-dessous un compte-rendu des principales opinions exposées. Attention : il s’agit d’une compilation d’avis présentés lors du débat et donc en aucun cas d’une position officielle de la Belgique.
Une Europe plus forte
C’est un fait : l’OSCE traverse une crise. Non seulement en raison de l’agression russe, mais aussi parce que plus aucun budget n’a été approuvé depuis 2021. Dès lors, l’organisation doit trop s’appuyer sur les contributions volontaires.
Il n’empêche que l’OSCE a encore un rôle important à jouer. L’approche multidimensionnelle a clairement prouvé son utilité et les dix principes restent une priorité pour presque tous les pays de l’OSCE. Nous ne pouvons pas transiger là-dessus. Il est par exemple hors de question d’accepter la violation des frontières.
C’est en ce sens qu’il est important de renforcer l’Ukraine, de tenir tête à la Russie et de construire une Europe plus forte sur le plan militaire. L’UE doit prendre en main son propre destin et devenir un acteur de premier plan au niveau géopolitique afin d’être prise au sérieux. Bien entendu, les partenariats restent essentiels. Cependant, l’UE doit veiller à ce qu’un partenariat avec elle ne soit pas considéré comme un coût mais comme un net avantage.
La préservation du consensus
Malgré tout, la Russie et la Biélorussie, sa fidèle alliée, resteront toujours nos voisins. Nous devrons inévitablement trouver une manière de nous entendre avec elles. L’OSCE reste à cet égard une plateforme idéale, car elle permet le dialogue sur un pied d’égalité. Il est crucial de maintenir ce dialogue, en particulier lorsque les temps sont durs.
Il serait d’ailleurs tout à fait insensé de renoncer à la règle du consensus au sein de l’OSCE. En effet, sans cette règle, une telle organisation ne pourrait jamais subsister. S’il suffisait d’une majorité des voix pour prendre les décisions, la Russie quitterait l’OSCE et nous nous retrouverions à nouveau dans un groupe de pays like-minded. À l’heure actuelle, la position unique de l’OSCE tient justement à cette possibilité de poursuivre le dialogue avec des pays qui ne partagent pas des vues similaires. Le seul cas de figure où l’on pourrait envisager de déroger à cette règle du consensus concerne les décisions moins importantes qui relèvent de la gestion quotidienne.
Une oreille attentive aux préoccupations ?
À ce jour, la Russie constitue un partenaire peu fiable qui ne voit vraisemblablement aucun intérêt à engager des discussions franches. Toutefois, d’aucuns s’accordent à penser que nous nous devons de prêter une oreille attentive aux préoccupations du pays afin de permettre un rapprochement. Ainsi, les responsables politiques russes perçoivent les « révolutions de couleur » en Ukraine et en Géorgie comme une menace, voire comme une attaque de l’Occident qui peut mettre à mal leur position. Reste évidemment à savoir dans quelle mesure faire preuve de compréhension devant pareil raisonnement.
Nous pouvons maîtriser ou réduire les tensions jusqu’à un certain point par le contrôle des armements ou au moyen de mesures de confiance. La transparence, même unilatérale, peut contribuer à la stabilité. Il est essentiel de faire prendre conscience à tout adversaire potentiel des possibles conséquences involontaires de ses actions. Par ailleurs, malgré leur transgression des dix principes, ni la Russie ni la Biélorussie n’osent les remettre ouvertement en question, ce qui est un point positif.
Une grande patience
Nous allons donc devoir faire montre d’une grande patience, une qualité qui s’inscrit pleinement dans la tradition de l’OSCE. En effet, les préparatifs qui ont mené à la signature de l’Acte final d’Helsinki en 1975 avaient déjà commencé à la fin des années 1960, tandis que les retombées de cet accord ne sont apparues clairement que dans les années 1980 et 1990. Il est alors devenu évident que les idées en matière de droits humains et de libre échange des informations exerçaient une influence incontestable sur la société civile et les activistes des droits humains au sein de ce que l’on appelait alors le bloc de l’Est. Ainsi, nos débats actuels n’auront probablement d’effet que dans quelques décennies.
Nous traversons aujourd’hui une période d’instabilité marquée par des frontières incertaines, comparable aux prémices de la guerre froide. C’est pourquoi une version 2.0 de l’OSCE s’impose, capable de faire face aux défis mondiaux actuels et, de cette manière, susciter l’intérêt des jeunes générations : le dérèglement climatique, la cybersécurité, la désinformation, l’influence de TikTok sur les élections, les nouvelles méthodes de guerre telles que l’usage des drones, etc.
Dès que les armes se seront tues en Ukraine, l’OSCE sera prête à se rendre sur le terrain pour se consacrer à la reconstruction. Ailleurs, l’organisation continue de se vouer à la prévention et la gestion des conflits, comme dans le Caucase (Arménie et Azerbaïdjan) et en Moldavie (Transnistrie). En outre, sachant que l’Ukraine compte le plus grand nombre de mines antipersonnel au monde, l’OSCE pourrait consacrer une attention encore plus grande au déminage, un domaine dans lequel notre pays excelle.
En conclusion, cet événement a permis d’engager le dialogue selon différentes perspectives, ce qui s’est avéré très utile à la veille de la célébration en Finlande des 50 ans de la signature de l’Acte final d’Helsinki. Notre pays participera évidemment aussi à la Conférence Helsinki+50 cet été et souhaite de cette manière contribuer à la réflexion portant sur l’avenir de l’OSCE.
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