Après la COP30 : un sentiment positif, mais des progrès bien trop lents – 6 QUESTIONS

En l’absence des États-Unis, la Conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est tenue au Brésil, la COP30, a démontré que le multilatéralisme et l’accord de Paris sur le climat restaient pleinement d’actualité. Des résultats intéressants ont été enregistrés, mais les efforts climatiques demeurent trop limités pour parvenir à une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre. Retour sur cet événement en 6 questions.

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Entrée de la COP30 des Nations unies sur les changements climatiques au Brésil

Entrée du centre de congrès de Belém (Brésil) où s’est déroulée la COP30. © UN Climate Change/Kiara Worth

En l’absence des États-Unis, la Conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est tenue au Brésil, la COP30, a démontré que le multilatéralisme et l’accord de Paris sur le climat restaient pleinement d’actualité. Des résultats intéressants ont été enregistrés, mais les efforts climatiques demeurent trop limités pour parvenir à une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre. Retour sur cet événement en 6 questions.
 

  1. Quel est le sentiment général après la COP30 ?
  2. Quels ont été les principaux résultats ?
  3. Quels ont été les points faibles ?
  4. Les populations autochtones ont bénéficié d’une grande visibilité. Ont-elles également été impliquées dans le processus de décision ?
  5. Le format de la COP (la quête d’un consensus entre près de 200 pays) fonctionne-t-il encore ?
  6. Quel rôle la Belgique a-t-elle joué ?
     

1. Quel est le sentiment général après la COP30 ?

Assurément, la COP a laissé une impression générale positive. Le pays hôte, le Brésil, a avant tout voulu démontrer que le multilatéralisme (c’est-à-dire la quête de solutions aux défis mondiaux à travers la concertation internationale, ndlr) et l’accord de Paris restaient d’actualité. Un pari réussi.

Aussi difficiles qu’aient été les discussions, tous les pays – à l’exception des États-Unis, qui se sont complètement retirés du processus – ont continué d’élaborer ensemble une politique climatique portée au niveau mondial et basée sur l’accord de Paris. Pour ce faire, la communauté internationale a collaboré avec l’ensemble des parties prenantes (la société civile, le secteur privé, les populations autochtones, etc.) et s’est appuyée sur des données scientifiques.

Il n’en reste pas moins que la mise en œuvre des engagements suit un rythme beaucoup trop lent ; les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Néanmoins, dans le contexte actuel, alors que les États-Unis sont résolus à se tourner à nouveau vers le pétrole et le gaz, et que le multilatéralisme et le climat se voient relégués au second plan, la COP30 s’est révélée un stimulant bienvenu. Si l’UE avait rejeté la déclaration finale, par exemple, le multilatéralisme se serait vu exposé à de graves risques et nous aurions perdu encore plus de terrain.

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André Aranha Corrêa do Lago conclut la déclaration finale sur scène devant les micros

André Aranha Corrêa do Lago – président de la COP30 – conclut la déclaration finale. © UN Climate Change/Kiara Worth

2. Quels ont été les principaux résultats ?

Quatre résultats ont retenu tout particulièrement l'attention :

  1. Les pays ont dû soumettre la version actualisée de leurs plans nationaux en matière de climat (les « contributions déterminées au niveau national » - CDN). Nombre d’entre eux, y compris l’UE, l’ont remise en retard, certains n’ont rien présenté du tout. Au 13 janvier 2026, l’Inde, par exemple, n’a encore déposé aucun plan révisé. Au total, les prévisions annoncent un réchauffement de 2,2 à 2,5°C, bien au-delà de l’objectif de 1,5°C.

    L’UE est à peu près la seule à plaider pour que le niveau d’ambition des CDN soit réexaminé chaque année lors de la COP. Un tel échéancier permettrait de maintenir la pression sur l’ensemble des pays afin qu’ils formulent des objectifs aussi ambitieux que possible. La limite de 1,5°C resterait ainsi à notre portée.

    D’autres participants, tels que « le groupe arabe » et l’Inde, préfèrent s’en tenir strictement à l’accord de Paris, qui prévoit de réviser les plans nationaux tous les cinq ans seulement. Ils souhaitent que cette décision reste une compétence strictement nationale et non une matière sur laquelle le monde entier se penche lors d’une COP.

    Le Brésil défendait une position intermédiaire, qui a été adoptée lors de la COP30. Le pays hôte estimait lui aussi qu’un cycle quinquennal suffisait. En revanche, il a exigé que les pays s’engagent à une collaboration intensive entre deux échéances afin de surmonter les obstacles à des ambitions plus élevées. Il s’agit donc d’organiser une concertation constante sur la manière d’obtenir de meilleurs résultats. À cet égard, les échanges d’expériences pourront s’avérer très instructifs.
     
  2. Il n’y a pas eu d’accord général sur une feuille de route pour une sortie progressive des énergies fossiles. Le groupe arabe s’y était opposé catégoriquement, de même que les BRICS participants (sans la Russie). Cependant, la Colombie a pris l’initiative d’élaborer une feuille de route distincte, conjointement à 80 pays environ. Un premier sommet sur le sujet se tiendra en Colombie en avril 2026. Les pays du Benelux ont déjà annoncé leur participation.

    Cette initiative a suscité un grand élan de mobilisation et a été abondamment relayée au sein de la société civile. Bien qu’elle n’ait pas été reprise dans la déclaration finale officielle, elle représente un engagement concret. La présidence brésilienne collaborera de manière informelle avec la présidence de la prochaine COP pour examiner les suites à donner à cette feuille de route.
     
  3. L’année passée, les pays riches avaient promis de consacrer 300 millions de dollars à l’action climatique d’ici 2035. Les pays les moins avancés et les pays africains avaient exprimé une grande frustration face à l’absence de moyens supplémentaires pour financer l’adaptation.

    En fin de compte, la COP30 a convenu de tripler les fonds consacrés à l’adaptation, mais toujours dans le cadre inchangé des 300 millions de dollars alloués.
     
  4. Parmi les sujets abondamment discutés, la « compétitivité industrielle » désigne la volonté de l’Union européenne de faire peser une taxe carbone sur les produits importés depuis l’extérieur de l’UE : le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) ou Carbon Border Adjustment Mechanism (CBAM). Cette taxe, qui servirait de compensation pour les émissions CO2 de ces produits, vise entre autres le fer, les engrais chimiques et le ciment. Le montant de la taxe serait proportionnel à la quantité d’émissions. À travers cette mesure, l’UE entend éviter aux entreprises européennes qui déploient des efforts en matière climatique une concurrence déloyale face à des importations bon marché de la part d’entreprises fournissant peu ou pas d’efforts.

    Cependant, les pays émergents et le groupe arabe s’y opposent. « Nous n’en sommes pas au même stade de développement que les pays industrialisés, aussi ne pouvons-nous pas être soumis à la même norme en matière d’efforts climatiques. » De plus, la question relève d’après eux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

    En fin de compte, il a été décidé de garantir tout de même la possibilité de débattre des questions commerciales et climatiques au sein de la COP.

Outres ces sujets qui ont monopolisé l’attention dans les discussions politiques et la presse, de nombreux autres points figuraient à l’ordre du jour. En voici quelques-uns :

  1. Les pays renforceront leur coopération en vue d’une transition juste. À cet égard, il importe qu’ils partagent leurs expériences sur la manière de réaliser la transition, sur les mécanismes activés (comme le rôle des syndicats) et ainsi de suite. De nouveaux secteurs doivent entrer en ligne de compte, etc.
     
  2. Un plan d’action en matière d’égalité des genres prévoit une intégration bien plus poussée de la dimension de genre dans toutes les domaines.
     
  3. La présidence brésilienne a travaillé en profondeur le plan d’action. Elle a ainsi groupé une centaine de points d’action en six blocs. Ce sont six thématiques connexes, telles que le logement, l’énergie et la santé, qui sont pour l’essentiel soulevées par les parties prenantes extérieures au processus climatique proprement dit. Cette répartition en thématiques permettra de suivre également ces points dans le cadre du processus climatique. Ce suivi est important car ils reflètent les actions d’autres acteurs.
     
  4. La COP a servi de cadre au lancement officiel de la Tropical Forest Forever Facility (TFFF). Ce « mécanisme pour la préservation des forêts tropicales » est resté en dehors des négociations à proprement parler, mais il constitue tout de même un résultat positif pour la protection de ces écosystèmes uniques. Le projet entend allouer 20 % des paiements aux peuples autochtones.

    La Banque mondiale participera à la gestion de la TFFF. Plusieurs pays ont déjà promis des financements, et la Belgique s’est engagée à poursuivre ses efforts en faveur des forêts congolaises.

3. Quels ont été les points faibles ?

Comme expliqué précédemment, la présidence brésilienne entendait avant tout démontrer l’efficacité du multilatéralisme et créer un système de collaboration : enseignements mutuels, plan d’action, plans climatiques nationaux…

Cette volonté a en même temps constitué une faiblesse : la COP ne s’est pas illustrée par un tournant vers une sortie des énergies fossiles ni par un programme crédible qui permettrait de combler le fossé nous séparant d’une limitation du réchauffement à 1,5°C. Car pour atteindre ce dernier objectif, nous devrions réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2030 ! À l’heure actuelle, nous nous dirigeons vers une réduction de 10 % d’ici 2035. Il n’y a pas eu non plus de grandes avancées sur des étapes concrètes pour lutter contre la déforestation.

Autre point faible de la COP : aucun progrès n’a été enregistré quant aux indicateurs de l’adaptation. Des indicateurs permettraient de mesurer les améliorations dans le secteur, une condition indispensable pour attirer l’attention politique nécessaire et générer des investissements. Toutefois, les pays africains s’y sont opposés, craignant que ces indicateurs ne soient utilisés pour démontrer des progrès insuffisants de leur part. Une situation qu’ils estiment injuste au vu de leurs moyens souvent maigres.

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Groupe d'autochtones brésiliens devant le bâtiment de la COP30

Les peuples autochtones brésiliens étaient remarquablement présents, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la COP30. © UN Climate Change/Kiara Worth

4. Les populations autochtones ont bénéficié d’une grande visibilité. Ont-elles également été impliquées dans le processus de décision ?

Les populations autochtones peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre le dérèglement climatique. Le choix de l’emplacement, au cœur de la forêt amazonienne, constituait d’ailleurs une prise de position en soi : les populations autochtones ont leur mot à dire. Et en effet, leur présence a été très visible, entre les murs du sommet comme en dehors.

La présidence brésilienne a fourni des efforts considérables pour renforcer leur implication. Elle a ainsi mis à la disposition de ces population une plateforme leur permettant de peser davantage dans les négociations.

5. Le format de la COP (la quête d’un consensus entre près de 200 pays) fonctionne-t-il encore ?

La politique climatique doit impérativement être décidée dans le cadre multilatéral, en réunissant tous les pays. En effet, progresser avec un petit groupe d’États ambitieux pendant que le reste de la communauté internationale reste à la traîne n’aurait aucun sens. L’approche multilatérale tend certes à revoir les ambitions à la baisse mais de cette manière, nous continuons au moins d’avancer, côte à côte.

Pour autant – et c’est une réalité parfaitement complémentaire –, des pays en nombre restreint sont en mesure de progresser ensemble plus rapidement sur certains dossiers. C’est tout l’intérêt de voir un groupe d’environ 80 pays se réunir pour délibérer de la forme que pourrait prendre une feuille de route pour la sortie des énergies fossiles. Comment réaliser la transition énergétique au mieux ? De quels aspects sociaux faut-il tenir compte ? Quels investissements sont nécessaires ? ...

Dans le même temps, le groupe peut s’employer à attirer de nouveaux pays dans sa « coalition de volontaires ». Les résultats pourront ensuite être débattus à la COP31 sans nécessairement que tous les pays marquent leur accord.

6. Quel rôle la Belgique a-t-elle joué ?

Comme toujours, notre pays a joué un rôle de premier plan dans la répartition des tâches au sein de l’UE. De plus, les deux ministres présents (le ministre fédéral du Climat Jean-Luc Crucke et la ministre wallonne de l’Énergie et du Plan air-climat Cécile Neven) ont pris une part active dans les négociations.

Tout comme le Brésil, la Belgique assurait le rôle de facilitateur pour les négociations sur les océans et le climat. Et nous avons rempli notre mission avec succès ! Les océans entrent ainsi davantage en ligne de compte dans les plans climatiques nationaux, tandis que les écosystèmes marins sont mentionnés explicitement dans le cadre de l’adaptation. Il s’agit d’un résultat remarquable pour notre pays qui entend accueillir le secrétariat du BBNJ, l’accord sur la protection de la biodiversité en haute mer.

Rendez-vous en automne à l’occasion de la COP31 à Antalya (Turquie, 9-20 novembre 2026).