Davantage d’autonomie pour les matières premières critiques, une évolution cruciale

Notre SPF mobilise tous ses atouts pour mettre en œuvre la législation européenne sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act) en Belgique. Le 23 avril 2025, il a réuni toutes les parties concernées afin de réfléchir à la manière de réduire la dépendance de notre pays vis-à-vis des matières premières critiques provenant de l'étranger.

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Photo des mines de cuivre à Skouriotissa (Chypre)

Les mines de cuivre de Skouriotissa (Chypre) comptent parmi les plus anciennes mines du monde. Le cuivre a déjà été exhumé avant 3000 av. J.-C. Le nom Chypre est dérivé du cuivre (cuprous) (© Shutterstock).

Notre SPF mobilise tous ses atouts pour mettre en œuvre la législation européenne sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act) en Belgique. Le 23 avril 2025, il a réuni toutes les parties concernées afin de réfléchir à la manière de réduire la dépendance de notre pays vis-à-vis des matières premières critiques provenant de l'étranger.

La Belgique et l'UE sont confrontées à une transition écologique et numérique majeure. Afin d'évoluer vers une société sans carbone, elles misent pleinement sur les énergies renouvelables, tout en visant des solutions numériques avancées.
 

Un contexte géopolitique instable


Toutefois, pour atteindre leurs objectifs, nos sociétés ont besoin de matières premières. Par exemple, les terres rares, un groupe d'éléments chimiques difficiles à extraire, constituent des composants essentiels des aimants utilisés dans les éoliennes. De même, le lithium, le cobalt et le nickel s’avèrent indispensables à la fabrication des batteries qui stockent temporairement l’électricité.

Les puces électroniques, présentes partout dans les appareils électriques tels que les ordinateurs, les machines à laver, les voitures et les smartphones, ainsi que les micropuces, que l'on trouve notamment dans les cartes bancaires, contiennent quant à elles de grandes quantités de silicium.

L’UE, qui s’attend à une forte augmentation de la demande pour ces matières premières, accuse un déficit notoire dans ce domaine. De plus, nous vivons aujourd'hui dans un contexte géopolitique mondial particulièrement instable, caractérisé par des rapports de force en pleine mutation. En outre, la pandémie de coronavirus et la guerre en Ukraine ont mis en évidence le danger de dépendre excessivement d'un nombre limité de fournisseurs.
 

Les matières premières critiques


C'est pourquoi l'UE a introduit le concept de « matières premières critiques ». Il s'agit des matières premières indispensables aux industries ou technologies qui revêtent une grande importance économique pour l'Union, dans des domaines tels que la transition verte et numérique mais aussi la défense et l'espace.

En outre, l’approvisionnement de ces matières premières est incertain. En effet, si nous dépendons trop d'un nombre limité de fournisseurs, nous courons le risque que ceux-ci cessent leurs livraisons en cas de désaccord. Un tel scénario compromettrait gravement les transitions verte et numérique.

À l’heure actuelle, la Chine assure le raffinage de 100 % (!) des terres rares utilisées dans les aimants des éoliennes. La Turquie fournit 98 % de tout le borate destiné à l'UE et 97 % du magnésium utilisé dans l'Union provient de Chine. De tout le cobalt exploité dans le monde, pour les batteries, 63 % est extrait en République démocratique du Congo et 60 % est raffiné en Chine.

La problématique ne concerne pas seulement l’extraction. Les matières premières critiques sont souvent présentes en quantités très faibles dans les roches, mêlées à d'autres minéraux. Elles ne sont pas directement utilisables et doivent être raffinées ou purifiées. Ces étapes nécessitent un savoir-faire et une infrastructure qui font souvent défaut dans l'UE, mais qui existent par exemple en Chine.

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Photo de la salle de conférence du Palais d'Egmont où Geert Muyle prononce un discours

La table ronde sur les matières premières critiques au Palais d’Egmont. Au centre, l’envoyé spécial pour les matières premières critiques, Geert Muylle (© SPF Affaires étrangères).

Le Critical Raw Materials Act


Pour se sortir de cette situation difficile, l'UE a élaboré une législation sur les matières premières critiques, le Critical Raw Materials Act (CMRA). Cette réglementation vise à réduire la dépendance européenne vis-à-vis des matières premières critiques, tout en tenant compte de l'ensemble de la chaîne de valeur.

Les objectifs communs de l'UE pour les matières premières critiques définis dans le CRMA pour 2030 peuvent être résumés comme suit :

  • L’UE doit extraire elle-même au moins 10 % de sa consommation annuelle.
  • L’UE doit transformer elle-même au moins 40 % de sa consommation annuelle.
  • Au moins 15 % de la consommation annuelle de l'UE doit provenir du recyclage.
  • Pas plus de 65 % de la consommation annuelle de l'UE ne peut provenir d'un même pays tiers, et ce pour chaque matière première critique à chaque étape de transformation pertinente.
     

Nos atouts


Désormais, il importe que tous les États membres de l'UE, y compris la Belgique, mettent en œuvre cette législation CRMA autant que possible sur leur propre territoire. D’autant que 2030, c'est déjà demain !

Qui s’occupe de la question en Belgique ? Tandis qu’une partie de la responsabilité incombe au SPF Économie, les régions ont également un rôle à jouer. Mais savez-vous que notre SPF a également de nombreux atouts à faire valoir dans ce domaine ?

En effet, plusieurs de nos services sont impliqués : nous suivons les évolutions internationales, nous surveillons de près les aspects commerciaux au sein de l'UE, nous nous efforçons de garantir une exploitation équitable et transparente via l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives et nous disposons du savoir-faire de notre agence belge de développement Enabel.

Mais nous pouvons surtout nous prévaloir d'un vaste réseau d'ambassades et de consulats à l'étranger. En collaboration avec les services géographiques de l’administration centrale à Bruxelles, ils suivent de près les possibilités d'achat de matières premières critiques dans les pays les plus divers. Ils peuvent également aider les entreprises belges qui souhaitent déployer leurs activités dans un pays étranger.
 

Un envoyé spécial


Afin de mieux exploiter nos atouts quelque peu fragmentés, notre comité de direction a nommé en novembre 2024 l'ambassadeur Geert Muylle « Envoyé spécial pour les matières premières critiques et la sécurité de l'approvisionnement énergétique ». Avec une équipe de trois personnes, il veille à ce que notre SPF puisse jouer son rôle, qui n'est pas négligeable, dans la réduction de notre dépendance vis-à-vis des matières premières critiques.

Le 23 avril 2025, notre SPF a organisé une table ronde au palais d'Egmont, en collaboration avec le SPF Économie et les régions. L’événement avait pour but de réunir toutes les parties prenantes, dont les actions sont encore dispersées, afin d’accorder les violons.

En fin de compte, une centaine de personnes étaient présentes autour de la table, y compris des représentants du monde des affaires belges. La société civile aussi était représentée. Elle dispose en effet de connaissances en matière de critères ESG : environnementaux, sociaux (conditions de travail favorables, interdiction du travail des enfants…) et de bonne gouvernance. Ces différents aspects ne doivent pas être oubliés ! La Commission européenne était également présente.

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Photo d'un bulldozer empilant un tas de vieux appareils électriques

Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour garder et recycler autant que possible notre ferraille - vieux ordinateurs, appareils électriques, métal, etc. - ici (© Recupel).

Des échanges enrichissants


La question des matières premières critiques est extrêmement complexe. Les riches échanges lors de la table ronde ont permis de dégager quelques pistes.

  • Sur les 34 matières premières critiques identifiées par l'UE, 15 sont produites en Belgique, notamment grâce au recyclage. Cependant, le recyclage seul ne suffit pas, l'exploitation minière reste nécessaire. Il importe donc de diversifier suffisamment nos sources en dehors de l'UE.
  • Notre pays excelle dans le recyclage, le raffinage et la transformation. Ne ferions-nous pas mieux de nous concentrer sur ce que nous savons faire ? En d'autres termes, est-il judicieux pour la Belgique de lancer une toute nouvelle activité minière en République démocratique du Congo, par exemple ?
  • La Belgique n'est pas encore en mesure de cartographier l'ensemble de la chaîne de valeur pour toutes les matières premières. Il ne suffit pas d'importer d'Allemagne une pièce essentielle pour une éolienne si les matières premières nécessaires à sa fabrication sont raffinées en Chine. Nous devrions disposer d’une bonne vue d'ensemble de la situation. Un centre interdisciplinaire pour les minéraux, réunissant des économistes, des géologues et d'autres spécialistes, pourrait nous y aider. D'autres pays de l'UE ont déjà mis en place une institution similaire.
  • Il faut tenir compte du contexte plus large. Ainsi, rien ne sert d'investir dans des capacités de raffinage énergivores si le prix de notre électricité nous empêche d’être compétitifs à l'étranger. Quoi qu'il en soit, nous avons également besoin d'instruments de gestion financière et de soutien beaucoup plus efficaces qu'aujourd'hui.
  • Dans quel secteur la dépendance se fait-elle le plus ressentir ? Certains secteurs doivent-ils recevoir la priorité ? Lesquels ? La défense ? Les clean tech (= l’industrie propre) ? L'espace ?
  • En quête de diversification, nous devons nous tourner vers les pays riches en minerais du Sud global. Les contextes étant très différents, il s’agit d’adapter notre approche à chaque pays. L'UE doit se démarquer des États-Unis et de la Chine dans ce domaine, notamment en accordant une attention particulière aux critères ESG, en proposant des formations, etc. Car les pays du Sud sont bel et bien demandeurs d'une prise en compte de l'environnement, des conditions de travail et de la bonne gouvernance ! De plus, eux aussi connaissent des difficultés face à la domination chinoise. Et même si cela va à l'encontre de notre aspiration à l'autonomie, nous devons aider ces pays à s'approprier une plus grande partie de la chaîne de valeur, par exemple en développant leur propre industrie de raffinage et de transformation.
  • Nous devons harmoniser les besoins des entreprises et les souhaits des pouvoirs publics. Il est par exemple inutile de viser une activité accrue dans la région des Grands Lacs si nos entreprises n'y trouvent aucun intérêt. Nous devons nous concerter étroitement.
  • Nous devons réfléchir au rôle de notre coopération au développement. Supposons que des entreprises belges telles que Solvay, Umicore, CMB.TECH, Fluxys ou le port d'Anvers-Bruges souhaitent lancer une activité d'exploitation minière, de raffinage ou de transformation dans un pays du Sud, ou y produire de l'hydrogène vert. Dans ce cas, notre coopération au développement pourrait, par l'intermédiaire d'Enabel ou de BIO, apporter son aide en matière de formation ou de mise en place d'un ministère compétent dans le domaine minier. Il existe ainsi des opportunités en Namibie (hydrogène vert), en Égypte, en Mauritanie et au Maroc.
  • Le SPF Affaires étrangères peut mettre davantage à disposition son pouvoir de mobilisation, c'est-à-dire sa capacité à rassembler des parties hétéroclites. Une entreprise belge qui emploie une centaine de personnes, aussi brillante soit-elle, aura du mal à accéder au marché sud-coréen, par exemple. Notre ambassade peut intervenir, par exemple en organisant un déjeuner d'affaires en présence de l'Envoyé spécial. Nos ambassades aident également les entreprises à la recherche d'opportunités à effectuer une première prospection du marché.
  • Enfin, nous ne devons pas sous-estimer l'importance stratégique de la ferraille. Il s'agit des appareils électriques, des métaux et autres objets similaires que nous apportons au parc à conteneurs. La ferraille constitue en fait une matière première – une « mine urbaine » – alors qu'elle est encore trop souvent considérée comme un déchet. Nous devons tout mettre en œuvre pour conserver « notre » ferraille ici autant que possible et la recycler.

En résumé, ces riches discussions ont permis de dégager de nombreuses pistes qui seront approfondies. Notre SPF souhaite en tout cas poursuivre avec détermination dans la voie engagée et continuer à faire valoir ses atouts afin d'aider la Belgique et l'UE à renforcer leur autonomie dans le domaine des matières premières critiques.