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Un moment de méditation après que les nénuphars en papier avec des vœux de paix ont été laissés sur l’étang. À l’arrière-plan: l’ambassadeur Thijs (© SPF Affaires étrangères).
Le 3 juin 2025, notre ambassade de Tel-Aviv (Israël) a organisé un séminaire consacré à la prise en charge des traumatismes et aux initiatives de réconciliation. Le moment le plus poignant a été les témoignages du personnel soignant israélien et palestinien sur leur collaboration quotidienne dans l'intérêt de tous les patients, juifs, musulmans ou chrétiens. L’illustration que le secteur médical dispose d'un grand potentiel pour bâtir des ponts.
Le violent conflit israélo-palestinien semble sans fin et sans issue. Mais nous ne pouvons pas perdre espoir, car même aujourd'hui, au milieu des bombardements presque quotidiens, des femmes et des hommes des deux côtés du conflit restent attachés à une coexistence pacifique.
Bâtir des ponts à travers les soins médicaux
Principalement dans le secteur de la santé, différentes initiatives permettent aux Palestiniens et aux Israéliens de collaborer et d'interagir quotidiennement, dans le respect mutuel et la dignité. Comme la profession médicale est fondée sur la confiance et la communication ouverte, elle semble parfaitement adaptée pour bâtir des ponts et instaurer la confiance entre des communautés en conflit.
Les soins médicaux devraient être davantage utilisés à cette fin. De plus, ils peuvent également être appliqués dans d'autres situations et peut-être contribuer à créer les conditions d'une solution politique durable.
Blocage psychologique
Stefaan Thijs l'a également compris lorsqu'il est arrivé à Tel-Aviv en juillet 2024 – dix mois après l'attaque brutale du Hamas le 7 octobre 2023 – pour y devenir ambassadeur de Belgique dans un pays en guerre. Il a rencontré des Israéliens détruits et traumatisés, tandis que des images cruelles d'une Gaza détruite, d'enfants et de femmes en pleurs, de personnes déplacées internes épuisées et désemparées, lui parvenaient quotidiennement.
Il a constaté que les deux parties étaient complètement bouleversées par le traumatisme. Et ce traumatisme provoque un blocage psychologique qui ne permet plus d'éprouver de l'empathie pour la souffrance de l'autre partie. Ces blessures profondes doivent être guéries avant qu'une personne puisse à nouveau s'ouvrir à l'autre.
Du traumatisme à la guérison
Afin d'apporter sa contribution à cette guérison, il a décidé d'organiser un séminaire autour de ce thème le 3 juin 2025. Il a trouvé l'inspiration dans des initiatives existantes du secteur de la santé. C'est ainsi que Rozana, une association qui promeut la coopération entre Palestiniens et Israéliens dans le secteur des soins de santé, s'est montrée disposée à co-organiser l'événement. Le bureau local de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a également apporté son soutien à l'initiative, baptisée From Trauma to Healing and Reconciliation (du traumatisme à la guérison et à la réconciliation).
Au final, environ 150 personnes ont participé à l’événement : des Israéliennes et Israéliens militant pour la paix, des membres du personnel de la santé des deux côtés (les principaux hôpitaux israéliens ainsi que quelques établissements de santé de Cisjordanie étaient représentés), ainsi que des diplomates.
Des panneaux d’information – y compris une carte de la paix et de l’amour – pendant le séminaire (© SPF Affaires étrangères).
Message d'espoir
Ce fut un après-midi particulièrement instructif au cours duquel plusieurs personnes sont intervenues pour apporter des éclaircissements sur la prise en charge des traumatismes et les initiatives de réconciliation. Avner Halperin, un Israélien juif du Sheba Medical Center, a ainsi fait passer le message encourageant que, même en temps de guerre, un certain nombre de programmes de réconciliation efficaces continuaient d'être mis en œuvre.
À titre d’exemple : l'un d'entre eux déploie des volontaires israéliens pour transporter des malades ou des blessés palestiniens des checkpoints de Gaza et de Cisjordanie vers des hôpitaux israéliens. Un autre dispose des cliniques mobiles dans des territoires palestiniens où l'accès aux soins de santé est limité.
Visiblement, au sein des populations palestinienne et israélienne, un grand nombre de personnes restent ouvertes à une collaboration en matière de soins de santé. Le combat que le personnel de la santé livre contre la maladie et la mort tisse clairement des liens au-delà des frontières.
Techniques de respiration
La Dr. belge Katrien Hertog, directrice Consolidation de la paix et Soulagement des traumatismes à l'IAHV, a donné une présentation en ligne fascinante sur une méthode qui permet d’apaiser efficacement les traumatismes, la dépression et le stress, même dans des circonstances extrêmement difficiles et sans espoir, comme à Gaza. L'approche a déjà démontré son efficacité, par exemple : diminution notable de la violence dans les prisons américaines, adoption des principes de non-violence de Gandhi par les chefs des FARC (un groupe de guérilla violent en Colombie) et réconciliation de communautés en guerre en Côte d'Ivoire.
Au cœur de cette méthode figure un certain nombre de techniques de respiration favorisant une relaxation profonde. Le message était qu'habituellement, lors des processus de consolidation de la paix, l'accent est mis exclusivement sur des questions extérieures comme la gouvernance, les services de base, l'économie et les droits humains, alors que pour une paix véritablement durable, les personnes doivent également être guéries.
Nénuphars en papier
Le moment le plus poignant était sans doute les témoignages du personnel soignant israélien et palestinien. Ils ont raconté leurs expériences sur le lieu de travail, où ils collaborent quotidiennement dans l'intérêt de tous les patients, qu'ils soient juifs, musulmans ou chrétiens. Ils ont également fait l'éloge des initiatives Rozana, qui leur ont permis de partager leurs expériences afin de dissiper les préjugés et de parvenir à une véritable compréhension. Partager une même identité en tant que personnel soignant facilite grandement l'établissement de liens et d'une confiance mutuelle dans d'autres domaines.
Un autre moment particulièrement symbolique a été un rituel au cours duquel des nénuphars en papier ont été déposés sur l'eau d'un étang. Pleinement conscientes de la tragédie qui frappe la région, les personnes présentes ont inscrit leurs souhaits de paix sur les sépales des nénuphars.
En tant qu'êtres humains, nous sommes tous égaux
L’événement fut dans l'ensemble une belle réussite et a apporté une contribution significative et percutante, comme un petit pas vers la réconciliation. Et pour une fois, il s'agissait aussi d'un exercice diplomatique qui ne se concentrait pas sur les responsables politiques, mais sur la population qui doit endurer le conflit au quotidien. Les personnes présentes ont fortement apprécié l'initiative qui a immédiatement créé une atmosphère de confiance et un havre de paix. Un exercice qui mérite d'être répété !
Comme l'a déclaré l'ambassadeur Stefaan Thijs dans son introduction : « en fin de compte, nous sommes tous des êtres humains. Et en tant qu'êtres humains, nous sommes tous égaux. Que vous soyez chrétien, juif, musulman ou bouddhiste... Que vous soyez européen, arabe, africain ou américain... Dans notre essence, dans notre nature humaine, nous sommes tous des êtres avec les mêmes rêves, avec les mêmes désirs et les mêmes espoirs, avec les mêmes inquiétudes et les mêmes douleurs ». L'initiative a donné un premier élan à la reconnaissance de cette humanité commune qui nous rassemble, au-delà des traumatismes qui nous paralysent.
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