La Belgique et l'Italie cultivent leurs liens historiques étroits

Du 20 au 22 octobre 2025, le président italien Sergio Mattarella, accompagné de sa fille Laura, a effectué une visite d’État dans notre pays. Quels liens historiques unissent la Belgique et l'Italie ? Et que peuvent s'apporter les deux pays mutuellement ?

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Mattarella discute de la peinture murale avec le roi Philippe, avec l'ancien mineur en arrière-plan

Le président italien Mattarella (à l’extrême droite) discute avec le roi Philippe d’une fresque murale à Marcinelle qui commémore la catastrophe minière de 1956. En arrière-plan, un ancien mineur d’origine italienne. © Affaires étrangères

Du 20 au 22 octobre 2025, le président italien Sergio Mattarella, accompagné de sa fille Laura, a effectué une visite d’État dans notre pays. Quels liens historiques unissent la Belgique et l'Italie ? Et que peuvent s'apporter les deux pays mutuellement ?

La Belgique regorge de restaurants italiens, avec leurs incontournables plats de pâtes et pizzas. Et qui serait incapable de nommer des Belgo-Italiens célèbres ? Salvatore Adamo, Rocco Granata, Elio Di Rupo, Enzo Scifo, Sandra Kim, Laura Tesoro… pour n’en citer qu’une poignée. Ce sont autant de preuves de l’intégration harmonieuse de la communauté italienne au sein de la société belge.

Les relations entre la Belgique et l'Italie en quelques chiffres

  • Près de 2,5 % de la population belge possède, au moins en partie, des origines italiennes.
  • Quelque 300 000 Italiens habitent en Belgique, tandis que quelque 8700 Belges séjournent de manière permanente en Italie et près d'un million de nos compatriotes partent chaque année en vacances sous le soleil italien.
  • Parmi nos principaux clients, l'Italie occupe la 6e position (23,7 milliards d'euros en 2024) et, du côté de nos fournisseurs, elle se situe à la 7e position (17,9 milliards d'euros en 2024).

Vagues d’immigration

La communauté italienne s’est formée au fil de quatre vagues d’immigration. La première remonte à la seconde moitié du 19e siècle lorsque des Italiens sont venus nous prêter main-forte pour la construction de notre réseau ferroviaire. Ensuite, à la fin de la Première Guerre mondiale, une nouvelle émigration italienne a eu lieu pour – à ce moment-là déjà – venir travailler dans nos mines de charbon.

Mais la principale vague migratoire – et la plus connue – a eu lieu à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Confrontée à un taux de chômage colossal, l’Italie a vu partir des dizaines de milliers de ses ressortissants vers la Belgique où le besoin de main-d’œuvre dans les mines se faisait particulièrement pressant. Enfin, l’Union européenne a contribué à l’afflux d'Italiens vers notre pays dans les années 1980.

Au départ, l'intégration de la communauté italienne en Belgique s’est heurtée à certains obstacles. En effet, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les immigrés italiens connaissaient des conditions de vie et de travail médiocres, et étaient par ailleurs fréquemment confrontés au racisme.

En 1956, la catastrophe minière à Marcinelle a profondément marqué les esprits et a suscité un vif émoi dans les deux pays. Au total, elle a coûté la vie à 262 personnes, dont 136 Italiens et 95 Belges. À la suite de cet événement tragique, l'intégration s'est déroulée bien plus facilement. Aujourd'hui, l’immigration italienne en Belgique peut être considérée à juste titre comme un exemple de réussite.

Artistes de la Renaissance et monde académique

Par ailleurs, l’Italie présente également un attrait pour les Belges. Chaque année, nos compatriotes affluent vers la péninsule afin d’y admirer ses villes historiques, ses monuments antiques ainsi que ses paysages magnifiques.

Cet attrait mutuel existe en réalité depuis des siècles. Ainsi, dès la Renaissance, des artistes « belges » comme Brueghel, Rubens et Van Dyck (16e et 17e siècles) se sont rendus dans le pays méditerranéen, dans le but d’y puiser l'inspiration et d’étudier les maîtres italiens et classiques. Les artistes de nos contrées ont, à leur tour, exercé une influence incontestable sur l’art italien.

À cette même période, des académiciens « belges » tels que Vésale étaient particulièrement actifs en Italie. Citons également les marchands italiens originaires des grandes villes commerçantes et les banquiers lombards qui se sont établis au 15e siècle à Bruges, ville qui a accueilli la toute première bourse de commerce du monde.

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Mattarella, la reine Mathilde et le roi Philippe lors du banquet officiel

Le président italien Mattarella (au centre) s’adresse aux invités du banquet d’État, sous le regard de la reine Mathilde et du roi Philippe. © Affaires étrangères

Famille royale

Par souci d'exhaustivité, il convient également de rappeler les liens qui unissent notre famille royale à l'Italie. La reine Paola – la mère du roi Philippe – est en effet originaire de Lombardie, en Italie.

Qui plus est, la princesse Marie-José de Belgique a contribué à la création de l'Academia Belgica à Rome. En effet, la sœur du roi Léopold III a épousé en 1930 le prince héritier Umberto d'Italie et est devenue pendant une courte période la dernière reine d'Italie. Immédiatement après, elle a créé une fondation pour permettre aux artistes et historiens de l'art belges de séjourner en Italie. Aujourd'hui encore, l'Academia Belgica continue d’œuvrer à tisser des liens solides entre les mondes académique et culturel belges et italiens.

Puissance économique

Bien que la population italienne ait émigré en masse vers notre pays à partir de 1946 pour fuir le chômage, l’Italie a rapidement évolué pour devenir une puissance économique incontournable. À ce titre, elle est aujourd’hui membre du G7 (le groupe des sept économies qui pèsent le plus sur l’échiquier mondial) et du G20. Ainsi l’Italie constitue-t-elle un allié de poids pour la Belgique.

L’alimentation, la mode, les meubles et le design ainsi que la mécanique (automobile) figurent parmi les domaines d’excellence emblématiques de ce pays méditerranéen. Des marques aussi célèbres que Ferrero Rocher (pralines), Nutella (pâte à tartiner chocolatée), Fiat, Alfa Romeo, Maserati et Ferrari (voitures), ENI (énergie) ou encore Armani, Gucci et Versace (mode) sont purement italiennes.

La Belgique et l’Italie représentent d’importants partenaires économiques l’un pour l’autre. Si leurs activités d’import-export tournent essentiellement autour des produits chimiques, les deux nations collaborent aussi étroitement dans des domaines tels que la transition écologique et énergétique, les villes et les ports intelligents, la défense, les biotechnologies, l’innovation numérique et l’espace.

Environ 100 entreprises belges ont établi leur siège en Italie, essentiellement en Lombardie et dans le Piémont. C’est le cas de Solvay/Syensqo, Tessenderlo Group, Reynaers Aluminium, Katoen Natie, Brussels Airlines, UCB et Puratos.

À l’inverse, l’Italie investit elle aussi en Belgique : New Holland (Zedelgem, machines agricoles), Ferrero (Arlon), Sol (Feluy, gaz techniques), le Groupe RIVA (Marcinelle, acier), etc. Europ Assistance Belgium (assurances) appartient à Generali di Trieste, et Publigaz dépend désormais d’ENI, pour ne citer que quelques exemples.

Un allié aux vues similaires

Plus que jamais, à l’heure où le multilatéralisme et les valeurs universelles se voient menacés, il est essentiel de resserrer les liens avec une nation qui partage nos positions. À titre d’exemple, la Belgique et l’Italie ont toutes deux contribué à jeter les bases de l’actuelle Union européenne (UE). La contribution historique de pionniers belges et italiens tels que Paul-Henri Spaak, Alcide De Gasperi et Altiero Spinelli a d’ailleurs joué un rôle décisif dans la réussite du projet européen.

En outre, les deux pays collaborent efficacement au sein de l’OTAN, de l’ONU et d’autres institutions internationales. Ils partagent une vision commune en matière de paix, stabilité et solidarité. L’Italie, de par sa position stratégique aux portes des Balkans et de l’Afrique, fait figure d’acteur majeur pour la stabilité du flanc sud de l’UE.

Depuis peu, la Belgique doit de plus en plus souvent faire face à la violence liée à la drogue. L’expérience italienne dans la lutte contre le crime organisé, la mafia et le trafic de drogue, mais aussi contre la cybercriminalité et le terrorisme, représente dès lors une source d’enseignement précieuse pour notre pays. Nous avons également beaucoup à apprendre de l’Italie sur le plan des capacités militaires.

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Détail du manuscrit La Divina Commedia

Détail de l’un des plus anciens manuscrits de La Divina Commedia de Dante Alighieri, conservé à la Bibliothèque royale de Belgique. © Affaires étrangères

Dante et Michel-Ange

En résumé, l’Italie constitue un partenaire d’une extrême importance, avec lequel il importe de cultiver nos relations. Une visite d’État officielle se prête à merveille à ces rapprochements. En 2020, une visite prévue par notre couple royal est tombée à l’eau par deux fois en raison de la pandémie de coronavirus. En décembre 2021, une visite de travail d’un jour du roi Philippe à Rome a compensé dans une certaine mesure la visite d’État annulée.

La récente visite d’État entrante, du 20 au 22 octobre 2025, allait définitivement faire oublier les occasions manquées. Le président italien Sergio Mattarella et sa fille Laura ont pu découvrir divers joyaux répartis à travers les trois Régions de notre pays. L’objectif : mettre en lumière la richesse de la Belgique mais aussi les liens historiques étroits entre nos deux nations.

À Bruges, le président a pu mesurer l’influence des commerçants italiens sur l’essor de la ville. Un chef-d’œuvre de Michel-Ange, la Vierge et l’Enfant (aussi appelé « la Madone de Bruges »), témoigne encore de ce patrimoine commun. À la Bibliothèque royale de Belgique, Leurs Excellences ont pu admirer l’un des plus anciens manuscrits de La Divine Comédie de Dante Alighieri. Enfin, à Marcinelle, un hommage solennel a été rendu à la mémoire des victimes de la catastrophe minière de 1956.

Pendant la visite d’État, la Belgique s’est affirmée sans ambiguïté en tant qu’amie fidèle de l’Italie. Les deux pays entendent plus que jamais collaborer, tous deux pleinement résolus à soutenir l’UE dans le contexte mondial difficile que nous connaissons aujourd’hui.