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Grâce à une approche agroécologique, Patrick peut compter sur une récolte de café meilleure et stable. © Josha Iga – PickStudio voor Broederlijk Delen
La Belgique mise sur des systèmes alimentaires durables dans le sud avec une approche agroécologique. Patrick, producteur de café en Ouganda, a ainsi vu sa récolte plus que doubler grâce à des protecteurs et une fertilisation naturels.
Lors de sa prise de fonction en mars 2025, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Maxime Prévot, a déclaré à la Chambre : « Dans beaucoup de nos pays partenaires, le secteur agricole est important. Mais il est vulnérable au changement climatique, alors que de nombreux pays sont encore trop dépendants des importations de denrées alimentaires de base. Il est donc essentiel de soutenir les systèmes alimentaires durables. Ce faisant, nous devons tenir compte de la durabilité climatique et de la transition agroécologique. »
Une approche holistique
Mais qu’est-ce que l’approche agroécologique ? L’agroécologie est une approche holistique qui applique des principes écologiques et sociaux à des systèmes alimentaires durables. Encore trop souvent assimilée à « l’agriculture traditionnelle » dans le sud, l’agroécologie va pourtant bien plus loin. Elle associe le savoir-faire traditionnel et local aux nouvelles connaissances scientifiques.
Ainsi, elle promeut des principes écologiques. Par exemple, une grande diversité de plantes, d’arbres et d’animaux vivant en synergie et réduisant la pression des nuisibles. Les déchets organiques sont autant que possible réutilisés comme engrais, protecteurs naturels et autres, ce qui réduit le besoin d’intrants externes. Le sol est entretenu de manière optimale...
Parallèlement, l’agroécologie poursuit une vision plus large de l’agriculteur et de sa communauté. Elle renforce la cohésion sociale au sein des communautés, encourage le partage des connaissances entre agriculteurs et confère aux petits exploitants une plus grande autonomie et une plus grande résilience face aux influences extérieures, telles que les perturbations climatiques et les fluctuations des prix du marché. Elle promeut en outre une production alimentaire socialement juste et économiquement viable.
Augmentation des revenus
Les recherches montrent que les agriculteurs qui adoptent l’approche agroécologique voient leurs revenus augmenter. Cela peut s’expliquer par une hausse de la production, en particulier s’ils partent de systèmes agricoles mis à mal ou fortement traités par des produits chimiques. Mais la diminution d’intrants entraîne surtout une diminution des coûts. En utilisant des engrais naturels et des semences locales et en évitant les pesticides coûteux, ils dégagent à terme une meilleure marge.
Par ailleurs, les bienfaits pour l’environnement sont substantiels : les sols stockent davantage de carbone, la biodiversité augmente, les terres dégradées sont restaurées, les « services écosystémiques » tels que la pollinisation, le cycle de l’eau et la gestion des maladies s’améliorent... Sans parler des bienfaits pour la santé des familles d’agriculteurs qui n’utilisent pas de pesticides ou optent pour des pesticides beaucoup moins nocifs.
Entreprises chimiques
Les entreprises chimiques qui cherchent à vendre leurs pesticides dans le sud affirment souvent qu’ils garantissent un bon rendement. Ou encore que les engrais et les pesticides sont indispensables à la production alimentaire. Mais les projets agroécologiques prouvent le contraire.
De plus, ces entreprises vendent parfois des produits de qualité moindre. Les agriculteurs ne savent pas comment les doser et ne connaissent pas les mesures de sécurité à respecter. Pour avoir l’assurance d’obtenir des résultats, ils pulvérisent souvent trop de produit. Ils ne portent pas de masque buccal ni de T-shirt à manches longues. Ce qui, bien sûr, nuit à leur santé.
Lors d’un atelier avec COSIL, Patrick étudie comment améliorer sa plantation de café avec une approche agroécologique. © Josha Iga – PickStudio voor Broederlijk Delen
Plus de 100 plants de café sont morts
Patrick, producteur de café en Ouganda, montre qu’il existe une autre voie. Au départ, lui aussi s’était laissé séduire par les pesticides. Le gouvernement les distribuait gratuitement avec la promesse d’une belle récolte, alors pourquoi s’en passer ? Après tout, avec 7 enfants à nourrir, il avait besoin d’un revenu stable.
Dans un premier temps, les produits chimiques ont semblé efficaces. « Moins de désherbage et moins d’infestations », raconte l’agriculteur. « J’avais la vie plus facile. Mais au bout de quelques années, j’ai remarqué que les insectes bénéfiques pour mes plants de café avaient disparu. Après une meilleure récolte la première année, le rendement a fortement diminué les années suivantes. Les plantes dépérissaient et le sol devenait stérile. Au final, plus de 100 plants de café sont morts. »
Un sol à nouveau riche et fertile
Faute d’une bonne récolte, il n’avait pas les moyens d’envoyer ses enfants à l’école. Heureusement, il a croisé la route de COSIL, une organisation partenaire de l’ONG belge Broederlijk Delen, qui travaille dans le domaine de l’agroécologie. « Ils m’ont dit que mes problèmes étaient probablement liés à l’utilisation de pesticides synthétiques. Au cours d’une formation, j’ai appris à fabriquer des protecteurs naturels, en plus du compost et du lisier. J’ai planté de nouveaux arbustes et COSIL m’a accompagné. Aujourd’hui, la différence est là : le sol est à nouveau riche et fertile, et les plants offrent chaque année un meilleur rendement. Auparavant, je récoltais 5 000 kg de café brut ; aujourd’hui, j’en récolte déjà plus de 10 000 kg. »
Renforcer la sensibilisation
« Les pesticides que nous recevons gratuitement ont depuis été interdits en Europe parce qu’ils sont nocifs pour la santé », ajoute l’agriculteur Patrick. « Il faut donc sensibiliser davantage les autres agriculteurs pour les convaincre de passer à une culture de café agroécologique. » Notre café quotidien n’en serait d’ailleurs que meilleur.
Raison de plus pour que la Coopération belge au Développement mette fortement l’accent sur l’approche agroécologique. La Belgique est également membre de la Agroecology Coalition et du Group of Friends of Agroecology. L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) (voir encadré) des Nations unies et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) encouragent également l’approche agroécologique.
La FAO fête ses 80 ans
Cette année, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) des Nations unies a célébré ses 80 ans à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre. Notre pays comptait parmi les membres fondateurs en 1945. Depuis 80 ans, la Belgique se positionne comme un partenaire de confiance soutenant pleinement le mandat de la FAO, tant pour le développement que pour l’aide humanitaire. La Belgique et la FAO partagent un engagement fort dans l’éradication de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition dans le monde, tout en travaillant main dans la main à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD).
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