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Photo promo pour la variété béninoise de haut niveau « pain de sucre » : délicieuse comme fruit frais, mais aussi en jus, séché ou en conserve (© Enabel).
Entre 2019 et 2023, la filière ananas au Bénin a été le théâtre d’une transformation silencieuse mais profonde. L’agence belge de coopération internationale (Enabel) a contribué à augmenter la productivité de la culture de l’ananas au Bénin, à professionnaliser les acteurs dans la transformation de l’ananas et à positionner les femmes à tous les niveaux de la chaine.
Stimuler le secteur de l’agriculture peut constituer un énorme levier pour le développement surtout dans les pays qui dépendent fortement de l’agriculture. C’est le cas du Bénin, où environ 70 % de la population tirent leur revenu de l’agriculture.
Agriculture de subsistance
Mais l’accès difficile aux terres, la mauvaise structuration des acteurs et l’insuffisance des investissements, tant financiers que technologiques, freinent fortement le secteur. C’est pourquoi les Béninois doivent souvent se contenter d’une simple agriculture de subsistance, plutôt que de devenir de véritables entrepreneurs agricoles.
La Belgique a décidé en 2019 de se concentrer sur la culture de l’ananas. L’agence belge de coopération internationale Enabel a mis en œuvre le projet Développement de l’entrepreneuriat dans les filières Agricoles - DEFIA en collaboration avec des acteurs du secteur agricole, des universités et centres de recherche et des ONG locales.
Zones de production d’ananas
La production d’ananas est concentrée dans le département de l’« Océan Atlantique », la « zone de forte production » avec environ 90 % de la production nationale ; viennent ensuite les départements du Plateau, du Mono, du Couffo et du Zou qui sont considérés comme la « zone d’extension » avec une très faible production mais propice au développement de la culture. La production d’ananas est dominée par des producteurs qui exploitent des superficies de l’ordre de 0,5 à 1 hectare.
Pain de sucre
Ce fruit juteux offre un grand potentiel pour la consommation intérieure et pour l’exportation. Il peut être transformé sous de nombreuses formes. Pensez au jus, aux fruits secs, aux tranches en conserve, à la poudre, etc. Un meilleur traitement du produit crée également de la valeur ajoutée localement, notamment parce qu'il permet une meilleure conservation.
Le Bénin propose aussi des variétés particulièrement savoureuses comme « le Pain de sucre du Bénin » qui est très appréciée par les consommateurs. Par conséquent, cette variété est la plus cultivée (75 %) devant la variété « Cayenne lisse », produite notamment pour l’exportation.
Actuellement, le Bénin occupe la 4e place dans le classement des pays producteurs d’ananas en Afrique, après le Nigeria, le Ghana et l’Angola. L’UE en particulier est un marché prometteur.
Drones
Le projet DEFIA s’est concentré sur divers maillons de la chaîne de valeur. Par exemple, les producteurs et productrices ont reçu une formation aux pratiques durables de l’agroécologie, à la gestion de l’eau, à la restauration de la fertilité des sols, etc. Ils ont également appris à mieux maîtriser le fonctionnement du marché et ont été encouragé à développer leur esprit entrepreneurial.
Des techniques avancées ont également été mise en place. Dorénavant, les drones permettront de mesurer depuis les airs les besoins individuels des plants d’ananas en eau et en nutriments. Cette technique facilite le processus : il ne faut plus contrôler l’état des plants sur le terrain un par un.
Fournir simplement une carte d’identité aux femmes béninoises est un grand pas en avant dans leur autonomie. Photo : cérémonie de remise des cartes d’identité (© Enabel).
Certificat GLOBALG.A.P.
De plus, le projet a également investi non seulement dans les petites et moyennes entreprises responsables de la transformation et de la commercialisation de jus et de fruits secs, biologiques ou pas, mais aussi dans les exportateurs d’ananas frais.
Un certain nombre d’entreprises ont obtenu un certificat GLOBALG.A.P. (GAP = Good Agricultural Practice). Grâce à ce label de qualité, ils accèdent à des marchés de niche plus rentables car ils respectent les normes internationales.
2026 : Année internationale des femmes agricultrices
Le rôle important des femmes dans l’agriculture est encore trop souvent négligé. Et nous ne parlons pas seulement de la culture et de l’élevage du bétail, mais aussi de la transformation, du commerce et de la recherche. Non seulement elles reçoivent souvent peu de reconnaissance pour leur travail, mais elles ont aussi plus de difficultés à accéder à la terre, au financement, à la formation, etc.
C’est pourquoi l’ONU a décidé de déclarer 2026 Année internationale des femmes agricultrices. Un système agroalimentaire plus juste, inclusif et durable profite finalement à tous.
Pas de carte d’identité
Le projet a accordé beaucoup d’attention aux femmes. Elles sont confrontées à de nombreux obstacles au Bénin. Par exemple, beaucoup n’ont même pas de carte d’identité. En conséquence, elles ne peuvent pas s’enregistrer comme propriétaires d’un terrain, ne peuvent pas obtenir de microcrédit et ne peuvent pas se déplacer librement à la recherche de nouveaux marchés pour leurs produits.
Elles ne peuvent même pas enregistrer une simple carte SIM pour leur smartphone. Et cela est indispensable pour transférer de l’argent, surveiller les prix du marché ou la météo, par exemple. Elles ont souvent un faible niveau d’instruction, certaines ne sont même pas alphabétisées. Sans parler du fait qu’elles ne tiennent pas une comptabilité régulière pour leur différentes activités.
De plus, la tradition exige qu’elles aident d’abord leur mari avant de se consacrer à leur propre exploitation agricole. Cela limite évidemment les possibilités d’accéder à de nouvelles sources de revenus pour leurs familles.
En apprenant à utiliser correctement leurs smartphones et leurs réseaux sociaux, les femmes cultivatrices d’ananas peuvent mieux commercialiser leurs produits, surveiller les prix du marché et les prévisions météorologiques, etc. (© Enabel).
Smartphone et médias sociaux
Pourtant, les femmes jouent un rôle crucial dans l’économie béninoise. Pas moins de 70 % d’entre elles vivent en zones rurales. Elles y effectuent 50 à 80 % du travail agricole et fournissent jusqu’à 44 % des tâches nécessaires pour nourrir leur famille. Dans la culture de l’ananas, les femmes représentaient environ 15 % des exploitations en 2019, avec une superficie de moins de 0,5 hectare.
Pour mieux positionner les femmes dans la filière ananas, le projet DEFIA a organisé de nombreuses activités telles que :
- Assistance pour obtenir une carte d’identité.
- Formation pour apprendre à bien utiliser leur smartphone et les réseaux sociaux, par exemple pour mieux promouvoir leur produit.
- Formation à l’utilisation d’un programme de comptabilité numérique, à l’élaboration d’un business plan et à la demande de microcrédit.
- La possibilité de subventions pour retirer les souches des anciens plants d’ananas, les labourer, fournir les pousses et les planter, ainsi que pour obtenir des films de couverture biodégradables (qui empêchent l’évaporation et évitent le sarclage).
- Plaidoyer pour l’accès à la terre et la mise en relation des femmes avec les propriétaires de terres non utilisées mais ayant un potentiel pour la culture de l’ananas.
- Soutien à l’achat d’équipements adaptés.
- Coaching pour l’accès au marché.
Il était également essentiel d’impliquer leurs hommes. Grâce à la formation, ils ont appris à mieux comprendre que leurs femmes ont besoin d’indépendance. Et cela a été beaucoup apprécié. Certains ont admis que coacher leurs épouses avait également amélioré leur propre productivité.
674 femmes
Le projet DEFIA peut à juste titre être qualifié de succès. L’objectif d’augmenter les revenus de 6 000 entrepreneurs agricoles a été atteint. La chaîne de l’ananas, y compris la transformation, est dans une position bien plus solide, également pour l’exportation à l’intérieur et en dehors de l’Afrique.
De plus, 674 femmes ont reçu un soutien pour soutenir leur entrepreneuriat et leur indépendance. Cela représente 77 % des femmes cultivatrices d’ananas au Bénin. De plus :
- 399 hectares ont été plantés spécialement pour les femmes.
- 364 hectares de terres ont été mis à disposition de 343 femmes.
- 433 femmes ont déclaré que le projet leur donnait accès au crédit et à la microfinance.
- La part des femmes dans la production d’ananas est passée de 15 % en 2019 à 30 % en 2023.
- 40 % des femmes ont déclaré avoir acquis plus d’autonomie pour prendre leurs propres décisions concernant leur vie et leur foyer.
Et cela ne s’arrête pas là. Le projet a lancé un processus qui continuera de porter ses fruits au-delà de 2023 pour une chaîne d’ananas plus professionnelle, des revenus plus élevés et une position plus forte sur le marché international.
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