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Le roi Philippe lors de la session d’ouverture du sommet social. © SPF Affaires étrangères
Le deuxième Sommet mondial pour le développement social s’est tenu à Doha (Qatar) du 4 au 6 novembre 2025. Ce sommet a réaffirmé l'engagement mondial en faveur de la justice sociale, du travail décent et de la dignité humaine. En sa qualité de cofacilitatrice neutre, la Belgique – par l'intermédiaire de notre poste à New York – a largement contribué à l'élaboration d'une déclaration finale solide.
En bref
- Le deuxième Sommet mondial pour le développement social a débouché sur une déclaration finale prometteuse, réaffirmant l'engagement en faveur de la justice et de la protection sociales. Concrètement, personne ne doit être laissé pour compte.
- Le multilatéralisme peut encore fonctionner ! La Déclaration de Doha a confirmé l'importance du système multilatéral, du droit international et d'une coopération mondiale pour accélérer la réalisation de la justice sociale.
- La Belgique a bénéficié d'une très grande visibilité. Le roi Philippe a prononcé un discours lors de la session d'ouverture et, en sa qualité de cofacilitatrice neutre, notre représentante permanente auprès de l'ONU a dirigé les négociations, aux côtés du Maroc. Nous avons réussi à conclure un solide texte final, ce qui nous a valu de nombreuses éloges.
Nous l'entendons régulièrement : l'ordre international subit d’importantes pressions. Les Nations Unies (ONU) traversent une crise et le multilatéralisme – autrement dit, la volonté de chercher des solutions dans un cadre international – vacille.
Tout espoir n'est pas perdu
Néanmoins, tout espoir n'est certainement pas perdu. En coulisses, la communauté internationale poursuit ses efforts en vue de rétablir la confiance dans les institutions internationales.
L'année dernière, nous annoncions que l'Assemblée générale des Nations Unies avait débouché sur l'élaboration d'un Pacte pour l'avenir. Certes moins ambitieux qu'espéré, ce Pacte trace la voie pour adapter le fonctionnement de l’ONU aux actuels rapports de force dans le monde.
Profitant de cette impulsion, la Conférence sur le financement des Nations Unies à Séville, qui s'est tenue plus tôt cette année, a permis de dégager un compromis porteur d'espoir. L'objectif : garantir des ressources suffisantes pour le développement durable du Sud global.
Le deuxième Sommet mondial pour le développement social, organisé à Doha (Qatar) du 4 au 6 novembre 2025, était consacré à la justice sociale. Dans une déclaration finale sans équivoque, tous les membres de l'ONU ont renouvelé leur engagement en faveur de la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois décents, la promotion de l'égalité et la protection des droits humains.
Des avancées fragiles et inégalement réparties
La justice sociale et les sociétés inclusives – au sein desquelles tout le monde peut trouver un emploi – figurent depuis très longtemps à l’ordre du jour. En 1995 déjà, un premier Sommet mondial pour le développement social avait eu lieu à Copenhague (Danemark). La déclaration qui en a découlé reconnaissait trois piliers étroitement liés : (1) l’élimination de la pauvreté, (2) le plein emploi productif et le travail décent pour toutes et tous, et (3) l’inclusion sociale.
Depuis lors, de nombreux progrès ont été enregistrés. La pauvreté extrême a été réduite de moitié. Beaucoup plus d'enfants – de filles surtout – fréquentent les bancs de l'école. Grâce à de meilleurs systèmes de soins, la population vit plus longtemps et en meilleure santé. Les chiffres relatifs au chômage sont globalement très bas et davantage de femmes exercent un emploi.
Toutefois, les avancées demeurent fragiles et inéquitablement réparties. Nous constatons que les inégalités en termes de richesse et de revenus se creusent. Environ 3 milliards de personnes habitent dans des logements vétustes et 300 millions vivent à la rue. Les groupes vulnérables tels que les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et les peuples autochtones restent exclus d'une participation pleine et entière à la société.
En outre, de nouveaux défis ont fait leur apparition : conflits, dérèglement climatique, pandémies, fracture numérique... Enfin, et surtout, la confiance à l’égard des institutions s’effrite.
Une déclaration finale concise, mais solide
Ce deuxième sommet, 30 ans après le premier, revêtait dès lors une importance vitale et a d’ailleurs abouti à un résultat satisfaisant. Adoptée formellement lors du sommet à Doha, la déclaration finale, concise mais solide (17 pages), trace une voie claire pour s'attaquer collectivement aux défis actuels et futurs en matière de développement social. Elle aborde des sujets tels que :
- la protection sociale universelle qui répond aux besoins de chacune et chacun (y compris une forme de sécurité sociale en cas de maladie, de handicap, de chômage, de vieillesse...) ;
- la couverture universelle des soins de santé qui garantit l'accès à des soins de santé physique et mentale de qualité pour l'ensemble de la population ;
- des sociétés exemptes de désinformation et de discours haineux : nous devons protéger les valeurs démocratiques telles que la liberté d'expression et le droit à la vie privée ;
- la nécessité de faire participer les jeunes, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les peuples autochtones et d’autres groupes vulnérables à l'élaboration des politiques.
De très nombreux domaines couverts
De plus, la déclaration couvre de très nombreux domaines critiques, tels que la lutte contre la pauvreté (dans toutes ses dimensions), le travail décent (création d’emplois, formations…), la sécurité alimentaire, la santé, l’adaptation au dérèglement climatique, l’égalité d’accès aux technologies numériques et la question du financement.
Pour atteindre l’égalité des genres, la déclaration de Doha entend renverser les obstacles qui empêchent les femmes de participer pleinement à la société. En outre, elle a pour ambition d’alléger la charge que représente le travail domestique non rémunéré pour les femmes et d’endiguer la violence fondée sur le genre.
En matière d’intégration sociale, l’Assemblée souhaite lutter contre la discrimination, encourager la solidarité entre les générations, s’attaquer au défi du sans-abrisme et renforcer les groupes marginalisés.
Fait non négligeable, la déclaration affirme explicitement que le développement social ne constitue pas seulement un devoir moral, mais également une condition essentielle à la paix, la stabilité et la croissance durable.
Des signaux prometteurs d’actions et de résultats concrets
La déclaration de Doha ne serait-elle qu’un énième texte aux grands ambitions mais aux effets limités ? Un certain nombre de signaux prometteurs indiquent au contraire que les différents acteurs œuvreront sérieusement à la réalisation de ces promesses.
Tout d’abord, les négociations ont été menées dans un esprit constructif. Ainsi, un consensus sur le texte avait déjà émergé deux mois avant le début du sommet. Le texte final reste certes un compromis, mais il repose sur des bases solides. Les pays ont fait preuve de mesure dans les négociations : aucun ne s’est évertué à minimiser ou éliminer les points sensibles. En fin de compte, la déclaration finale a été approuvée à l’unanimité dès le 5 septembre à New York. Le principal bémol est que les États-Unis se sont dissociés du processus et n’ont pas participé aux négociations.
La déclaration prévoit en outre un mécanisme de suivi solide. Ainsi, en 2031 puis tous les cinq ans, une révision de haut niveau aura lieu au sein de l’Assemblée générale. La Belgique et le Maroc ont milité pour programmer la première révision en 2031, car nous saurons alors précisément à quoi ressemblera l’ère post-ODD (ODD = Objectifs de développement durable).
Toutes les institutions onusiennes concernées (agences, fonds, programmes…) intégreront pleinement la déclaration politique à leurs activités et seront étroitement impliquées dans le suivi. La concision et la lisibilité du texte facilitent cette intégration. L’Organisation internationale du travail (OIT), dont l’activité se concentre essentiellement sur le travail décent, y travaille déjà activement.
Enfin, il faut noter que la déclaration est portée par l’ensemble de la société et bénéficie d’un fort soutien de la part de la société civile. En effet, le sommet à Doha n’a pas seulement rassemblé des négociatrices et négociateurs gouvernementaux, des ministres et des cheffes et chefs d’État : des ONG, syndicats, organisations patronales, membres du monde académique et jeunes y ont également participé activement. Autant d’acteurs indispensables pour garantir une mise en œuvre efficace des décisions.
Le roi Philippe s’adresse à la session d’ouverture du sommet social à Doha. © SPF Affaires étrangères
Une très grande visibilité pour la Belgique
Dans le cadre de ce sommet, la Belgique a joui d’une très grande visibilité, entre autres grâce à la présence du roi Philippe qui s’est adressé aux membres de l’assemblée à l’ouverture de l’événement. Notre souverain s’est en outre entretenu avec l’émir du Qatar et le secrétaire général de l’ONU António Guterres.
Il faut dire que les Nations Unies avaient désigné notre pays pour intervenir, aux côtés du Maroc, en tant que cofacilitateur (neutre). Dans la pratique, cette responsabilité impliquait que Sophie De Smedt, notre représentante permanente auprès de l’ONU à New York, conduise, de concert avec son homologue marocain Omar Hilale, les négociations sur la déclaration politique. Elle a été secondée dans cette mission par son premier secrétaire Frederic Van Peteghem.
Par après, les deux cofacilitateurs ont reçu de nombreux éloges, aussi bien de la part des États membres que du secrétariat, des agences de l’ONU et de la société civile. Notre médiation impartiale, en qualité d’honest broker, visant à assurer la bonne marche du sommet et de ces négociations parfois intenses et complexes ont contribué à l’élaboration d’un texte final solide.
La bonne entente avec notre partenaire marocain a joué un rôle clé dans cette réussite, de même que les liens de confiance que nous avons tissés avec toutes les délégations. De plus, le Maroc et la Belgique ont maintenu le cap d’une main ferme pour garantir un processus mené par les États membres. Au cours de nombreux échanges informels lors de pauses café et déjeuner, nous avons pris la température pour mieux comprendre l’état d’esprit qui règne réellement dans les différents pays (les lignes rouges), une aide précieuse pour forger un consensus. Enfin, nous avons dû faire preuve de créativité et mettre les bouchées doubles dans la dernière ligne droite afin de parer toute objection.
Par ailleurs, notre pays était représenté par une assez grande délégation belge, composée entre autres de collègues de l’administration centrale, de notre ambassade à Doha et de l’Agence belge de coopération internationale Enabel. Le ministre Rob Beenders a remplacé notre ministre Maxime Prévot.
La délégation belge a coorganisé cinq événements parallèles consacrés notamment à la jeunesse, au rôle de la coopération au développement et à l’économie numérique inclusive. Des rencontres ont eu lieu avec, entre autres, le président congolais Félix Tshisekedi, le directeur général de l’OIT Gilbert Houngbo, la présidente de l’Organisation internationale des employeurs Jacqueline Mugo ainsi que le secrétaire général (belge) de la Confédération syndicale internationale Luc Triangle.
« Le progrès social ne peut être atteint que si chacune et chacun d’entre nous y œuvre jour après jour »
Ainsi, la Belgique a grandement contribué à un sommet plus que réussi. Le Qatar, pays hôte, a quant à lui brillamment joué son rôle d’organisateur, en veillant à une présence en nombre et en réservant une place majeure à la société civile.
Concluons avec les mots du roi Philippe : « Le progrès social, pierre angulaire d’un monde pacifique et durable, ne peut être atteint que si chacun d’entre nous œuvre jour après jour, dans son pays et entre les nations, à éliminer tout ce qui engendre division et préjugés. Nous ne devons ménager aucun effort pour bâtir des ponts et instaurer un climat de confiance et d’espoir pour l’avenir. » Un avenir vers lequel la déclaration de Doha ouvre d’ores et déjà la voie.
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