Traité de l’ONU contre la pollution plastique : la perspective de nouvelles négociations

La nouvelle tentative visant à conclure un traité juridiquement contraignant contre la pollution plastique (Genève, 5-14 août 2025) s’est soldée par un échec, mais tout espoir n’est pas perdu. Fermement déterminée à poursuivre la lutte contre la pollution plastique, la Belgique – entre autres à travers notre SPF – se prépare déjà à une prochaine session de négociations.

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Le Penseur de Rodin entouré de plastique

L’artiste et activiste canadien Benjamin Von Wong a placé un penseur – inspiré par la célèbre sculpture de Rodin – au milieu d’un fouillis de plastique devant le Palais des Nations (en arrière-plan) à Genève, où se poursuivaient les négociations sur le traité sur le plastique. Sur la photo de face : l’artiste Benjamin von Wong (à gauche) à côté d’Inger Andersen, directrice du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) responsable des négociations sur le plastique. © Florian Fussstetter/UNEP

La nouvelle tentative visant à conclure un traité juridiquement contraignant contre la pollution plastique (Genève, 5-14 août 2025) s’est soldée par un échec, mais tout espoir n’est pas perdu. Fermement déterminée à poursuivre la lutte contre la pollution plastique, la Belgique – entre autres à travers notre SPF – se prépare déjà à une prochaine session de négociations.

En 1950, la production mondiale de plastique s’élevait à 2 millions de tonnes. En 2022, elle atteignait déjà 475 millions de tonnes. En l’absence de mesures concrètes, ce volume risque de tripler d’ici 2030.

Du plastique dans les cerveaux et les placentas

Cette situation engendre un problème colossal, car d’immenses volumes de plastique finissent dans la nature. Chaque jour, l’équivalent de 2 000 camions remplis de plastique est déversé dans les océans, rivières et lacs, sans parler de nos sols qui n’échappent pas non plus à cette pollution massive.

Autrement dit, les déchets plastiques sont littéralement omniprésents. Des scientifiques en ont même déjà découvert dans de la neige fraîche en Antarctique et dans les profondeurs marines. Depuis les années 1970, on retrouve d’ailleurs fréquemment du plastique dans l’estomac des poissons. Notre corps n’est pas épargné, lui non plus : des traces de plastique ont été détectées dans des cerveaux et placentas humains. Les répercussions des (déchets) plastiques atteignent aujourd’hui des proportions vertigineuses et font peser une menace incontestable sur notre environnement et notre santé.

Un durcissement de position

Face à ce constat, la Belgique plaide vigoureusement, aux côtés de l'UE, en faveur d'un traité de l'ONU extrêmement ambitieux contre la pollution plastique. En 2022, cet objectif avait connu des débuts prometteurs lorsque les Nations Unies avaient décidé d'élaborer un traité juridiquement contraignant qui couvre l’intégralité du cycle de vie du plastique : de la conception au recyclage, en passant par la production, en plus de la gestion, la limitation et la prévention des déchets. En effet, nous ne pourrons réellement mettre un terme à cette pollution que si nous limitons également la production pour revenir à un niveau durable.

Malheureusement, un certain nombre de pays, en majorité des producteurs de pétrole, ont depuis lors durci leur position. Ils refusent de toucher à la production de plastique et veulent uniquement se concentrer sur la gestion et le recyclage des déchets. Résultat : la conférence de l'ONU organisée l’année dernière à Busan s’est soldée par un échec, aucun accord n’ayant pu être dégagé.

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Inger Andersen s'adresse à l'assemblée lors de la séance d'ouverture des négociations

Inger Andersen, directrice du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), s’adresse au public lors de la séance d’ouverture des négociations. © Florian Fussstetter/UNEP

Un texte édulcoré

C’est pleine d’optimisme que la délégation belge  dont deux membres de notre SPF – s'est rendue en août 2025 à Genève pour un sommet de la seconde chance. Une fois de plus, cependant, les efforts visant à finaliser un accord acceptable pour toutes les parties ont échoué. Nos deux collègues sur place nous ont livré leurs observations sur le déroulement de ce sommet.

À l’issue de négociations menées au sein de quatre groupes de contact – cycle de vie en amont (production, substances nocives…), cycle de vie en aval (prévention de la pollution…), moyens financiers… – le président a présenté (le 13 août) un texte fortement édulcoré que les pays les plus ambitieux ont jugé inacceptable.

Au tout dernier moment, il a soumis un nouveau texte, un peu plus ambitieux, mais il ne restait plus assez de temps pour poursuivre les négociations. Tout porte à croire qu’une reprise des discussions pourrait, en fin de compte, être envisagée.

Des pays ambitieux

Cette nouvelle tentative de négociations à Genève peut-elle dès lors être qualifiée de coup d’épée dans l’eau ? Pas totalement. Les principales avancées se sont en effet jouées en coulisses. Ainsi, le groupe quelque peu hétérogène d’une centaine de pays ambitieux a davantage resserré les rangs. Outre l’UE, ce bloc réunit également le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, un grand nombre de pays africains et latino-américains ainsi que de petits États insulaires.

Ce groupe a mis pas mal d’eau dans son vin pour parvenir à un compromis. Des lignes directrices plus claires ont notamment pu être définies. Pour les pays ambitieux, un traité doit au minimum :

  • aborder l’intégralité du cycle de vie du plastique, y compris la conception et la production.
  • s’attaquer à la consommation et à la production non durables du plastique.
  • Inclure des mesures et critères à l’échelle mondiale pour réglementer les produits plastiques et les substances chimiques contenues dans le plastique.
  • garantir que le traité puisse évoluer au fil du temps, sur la base d’amendements soumis au vote, si aucun consensus ne peut être atteint.
  • prévoir un financement et des moyens suffisants pour concrétiser ses ambitions.

Le cas de la Chine

En outre, la Chine s’est clairement distanciée des pays producteurs de pétrole, une attitude encourageante. Le géant asiatique concentre à lui seul 40 % de la production mondiale de plastique. Autrement dit, un accord sur le plastique conclu sans la Chine n’aurait aucun sens. Nous devons impérativement obtenir l’adhésion du plus grand producteur de plastique, faute de quoi toute ambition de réduction substantielle de la pollution plastique resterait illusoire.

À Genève, la Chine a par ailleurs reconnu que la pollution plastique concerne l’ensemble de la chaîne de valeur – y compris la production – et qu’elle est associée au dérèglement climatique ainsi qu’à la perte de biodiversité. Consciente de l’importance de cet accord qui façonnera l'avenir d'une industrie stratégique pour le pays, la Chine a tout intérêt à ce que des normes claires soient établies. À défaut, ses produits en plastique deviendront invendables.

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Délégation belge

Notre délégation belge en pleine forme pendant les négociations. A l’extrême gauche les 2 employés de notre FPS. La délégation s’est rendue à Genève en une seule voiture et a nettoyé le plastique sur une berge de rivière en cours de route. © Kiara Worth

Un jeu de patience

La situation n’est donc pas encore irrémédiablement bloquée. Le sujet, d’une ampleur et d’une complexité non négligeables, ne saurait être résolu du jour au lendemain. C’est pourquoi la Belgique demeure résolument engagée à œuvrer en faveur d’un compromis aussi ambitieux que possible.

Comme l’a déclaré Jean-Luc Crucke, ministre du Climat et de la Transition environnementale, qui exerce la tutelle sur les négociations sur le plastique : « En diplomatie, il faut toujours être patient. Nous devons continuer à dialoguer avec les pays disposés à signer un traité, afin de convaincre les pays producteurs de pétrole qu'ils doivent eux aussi relever ce défi. »

Notre détermination est bien entendu également motivée par les lourdes répercussions du plastique sur l’environnement et la santé. « La lutte contre la pollution plastique n’est plus un choix, mais une nécessité », a ajouté Jean-Luc Crucke. « L’Histoire retiendra ceux qui auront choisi d’avancer et permis à leurs enfants de pêcher du poisson. ».

Un traité minimaliste

La Belgique continue donc de préconiser la conclusion d’un traité, sous l’égide de l’ONU, qui puisse recueillir l’adhésion de toutes les parties. Une solution consisterait à partir d’un traité minimaliste – une sorte de squelette ou d’accord de base – qui pourrait par la suite être complété par des amendements, par exemple sur la régulation des substances chimiques toxiques.

Nous ne sommes pas favorables à la conclusion entre un nombre restreint de pays d’un traité « plurilatéral », initialement en dehors du cadre onusien, à l’image de la CITES (la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). En effet, la pollution plastique représente un enjeu planétaire : sa propagation à travers les océans ne connaît pas de frontière. Un traité pour un nombre limité de pays, excluant les principaux pays producteurs de plastique, reviendrait à poser un emplâtre sur une jambe de bois.

Il nous reste désormais à voir quand une nouvelle session de négociations aura lieu, possiblement en avril, septembre ou décembre 2026. D’ici là, la délégation belge – y compris les deux membres de notre SPF – n’entend pas rester les bras croisés : elle poursuivra ses efforts afin de forger un solide bloc de pays ambitieux, capable de convaincre et de rallier d’autres pays.

D’ailleurs, nul besoin d’attendre pour commencer à réduire, à votre échelle, la pollution plastique. Pour vous guider dans cette démarche, consultez nos 14 conseils pour protéger l'environnement des matières plastiques.