Un récital de carillon à Kyiv pour exprimer la foi partagée dans la justice et la paix

En organisant un récital de carillon dans un lieu unique à Kyiv, notre ambassade a mis du cœur au ventre de la population ukrainienne dans son combat sans répit pour le maintien de sa souveraineté et de son identité culturelle. Une expérience musicale qui symbolise la résilience du pays.

  1. Dernière mise à jour le
Image
Carillonneuse jouant dans le jardin

La carillonneuse Iryna Ryabchun joue du carillon mobile. © SPF Affaires étrangères

En organisant un récital de carillon dans un lieu unique à Kyiv, notre ambassade a mis du cœur au ventre de la population ukrainienne dans son combat sans répit pour le maintien de sa souveraineté et de son identité culturelle. Une expérience musicale qui symbolise la résilience du pays.

Chez nous, le carillon fait partie intégrante du paysage sonore. Il faut dire que cet instrument de musique, qui se joue à partir d’un clavier à bâtons de bois et d’un clavier à pédales, reliés à une série de cloches pendues dans une tour, trouve ses origines dans les Flandres. La plus ancienne trace de l’existence d’un carillon remonte à 1510, à Oudenaarde.

L’École royale de carillon de Malines

En dehors de nos régions (Belgique, Pays-Bas et Flandre française), le carillon ne se rencontre que très rarement. Pour autant, l’art campanaire n’est pas totalement absent du reste du monde. En Ukraine, par exemple, les églises orthodoxes disposent d’un campanile, un clocher séparé, bien que la gamme de leurs cloches soit limitée.

Aujourd’hui, il existe en Ukraine une volonté d’étendre par endroits la gamme des cloches afin de développer un carillon à part entière. De retour au pays après ses études à l’École royale de carillon (Koninklijke Beiaardschool) de Malines, de renommée internationale, l’Ukrainienne Iryna Ryabchun s’est ainsi révélée une véritable ambassadrice de la culture du carillon de nos contrées. Dans cette optique, elle forme des carillonneurs. Elle s’est également portée candidate pour devenir carillonneuse officielle à Kyiv, la capitale.

Pour l’instant, la musicienne joue sur un carillon mobile, conçu en Ukraine par deux frères ingénieurs. À terme, l’ambition serait d’installer des carillons dans les clochers de certains édifices. Le monastère Saint-Michel, joyau de Kyiv, constitue à cet égard un candidat de choix. Entièrement reconstruit après l’indépendance, le monastère dispose d’un carillon complet, mais en mauvais état. Toutefois, à l’heure actuelle, le coût faramineux d’une restauration – et de nouvelles cloches – réfrène quelque peu les ardeurs.

Image
Audience watches recital

Le public nombreux lors du récital de carillon. © SPF Affaires étrangères

L’emblématique cathédrale Sainte-Sophie

Quoi qu’il en soit, l’intérêt ukrainien pour les carillons et leur lien avec notre pays ont inspiré à notre ambassade à Kyiv l’idée d’une célébration particulièrement originale de la fête nationale belge. La carillonneuse Iryna Ryabchun, diplômée en Belgique, allait donner un récital sur une place proche de l’emblématique cathédrale Sainte-Sophie, au cœur de la capitale ukrainienne. Menacé par la guerre, ce monument inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO date du XIe siècle et symbolise l’État souverain de Kyiv, aussi appelé la Rous kiévienne. La cathédrale Sainte-Sophie en constituait le centre spirituel, politico-diplomatique et culturel.

Nous pouvons aujourd’hui nous féliciter du succès de l’événement. Notre ambassade a pu inviter plus de 300 personnes, parmi lesquelles de nombreuses personnalités ukrainiennes telles que la ministre de l’Énergie fraîchement désignée, Svitlana Hryntchouk, qui s’est adressée à l’auditoire et a évoqué la Belgique avec chaleur.. Ont également participé : le bourgmestre de Kyiv, Vitaliï Klitchko, le médiateur parlementaire Dmytro Loubinets, plusieurs membres du parlement, un haut représentant de l’administration présidentielle et de l’Église orthodoxe ukrainienne, une multitude de vice-ministres et la légende du folk rock ukrainien, Oleh Skrypka.

Image
Le ministre s'adresse au public

La ministre ukrainienne de l’Énergie, Svitlana Grynchuk, s’adresse au public. À droite l’ambassadeur Luc Jacobs, à l’arrière-plan la cathédrale Sainte-Sophie. © SPF Affaires étrangères

Des entreprises belges

Le corps diplomatique était lui aussi représenté en force, souvent par les ambassadeurs eux-mêmes, ou bien par les chargés d’affaires, ainsi que leurs équipes. Un grand nombre de responsables d’organisations internationales, parmi lesquelles des agences onusiennes et l’OSCE, ont gratifié l’événement de leur présence.

N’oublions pas, bien sûr, les Belges qui n’ont pas manqué cette occasion de célébrer leur fête nationale. En effet, aujourd’hui encore, un nombre non négligeable de nos compatriotes vivent et travaillent dans ce pays éprouvé par la guerre, entre autres auprès des organisations internationales. De plus, de nombreuses entreprises belges sont toujours actives en Ukraine. Elles se sont d’ailleurs montrées pleinement disposées à sponsoriser l’événement, auquel elles ont invité des membres de leur personnel ou des contacts professionnels.

Enfin, le récital a accueilli un large éventail de convives provenant de la société civile, le « quatrième pouvoir » en Ukraine, mais aussi du monde culturel, formant ainsi un public animé et enthousiaste.

Une alerte aérienne

La carillonneuse a interprété des compositions belges et ukrainiennes, ainsi que plusieurs hymnes nationaux et européens. Pour conclure, elle a joué l’hymne populaire « Mon Kyiv » accompagnée d’un chanteur soliste, une première mondiale dans cette configuration. Les sonorités du carillon ont fait forte impression sur le public, transporté par l’émotion. Beaucoup découvraient cet instrument pour la première fois.

La soirée s’est poursuivie par une réception à l’ambiance conviviale et détendue. L’événement, qui ne pouvait évidemment pas faire l’impasse sur les frites et la bière, se voulait aussi propice au réseautage.

Grâce à ce récital de carillon organisé dans un lieu emblématique, nous avons réussi à donner du cœur au ventre de la population ukrainienne en ces temps particulièrement difficiles. Cet événement nous a également permis d’exprimer notre appréciation de l’identité culturelle et de la souveraineté qu’elle défend coûte que coûte face à l’agression sans merci de la Russie. Car en période de guerre plus que jamais, la culture atteste d’une résilience à toute épreuve. En harmonie avec la mélodie du carillon qui a résonné dans la capitale, nous avons affirmé notre foi partagée dans la justice et la paix.

Pendant l’événement, la réalité implacable de la guerre s’est rappelée à l’assemblée. Les applaudissements saluant le récital venaient de s’éteindre lorsqu’une alerte aérienne a retenti. En fin de compte, la menace ne concernait pas Kyiv même. Par la force de l’habitude, le public est resté stoïque. Plus tard dans la soirée, aux alentours de 21h30, une seconde alerte aérienne a définitivement sonné le signal du départ.