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Le Roi et la Reine lèvent les yeux vers un télescope SPECULOOS, un « chasseur de planètes » développé par l’Université de Liège dans le désert chilien d’Atacama (voir encadré) (© SPF Affaires étrangères).
La visite d’État au Chili a permis de sceller une amitié chaleureuse et profonde, vieille de plusieurs siècles. À l’heure où la transition énergétique devient de plus en plus urgente et où l'ordre international vacille, la Belgique et le Chili peuvent s’apporter beaucoup mutuellement.
Plus de 12 000 km séparent Bruxelles de Santiago de Chile, capitale de ce pays étroit et allongé d’Amérique latine dont l’extrémité méridionale se situe aux portes de l’Antarctique. Pourtant, ce lointain territoire a très tôt attiré notre attention. Il y a exactement 200 ans, en 1825, alors que nous nous trouvions encore sous domination hollandaise, le roi Guillaume 1er confie le rôle de consul au Namurois Jean-François Doursther. En 1832, la Belgique, désormais indépendante, poursuit sur cette lancée en nommant un consul à Valparaiso, ville dont le port est rapidement devenu une escale majeure pour notre marine marchande en plein essor.
Le roi Philippe rencontre le président chilien Gabriel Boric (© SPF Affaires étrangères).
Un partenaire historique
Depuis lors, le Chili et la Belgique cultivent une longue tradition de relations politiques, économiques, culturelles et scientifiques bien ancrées. Ainsi, de nombreuses entreprises belges ont investi dans ce pays latino-américain, par exemple : Engie-Tractebel, Sibelco, Puratos, Bekaert et, plus récemment, Solvay et Fluxys. Fort de 6,2 milliards de dollars d’investissements, notre pays se situe à la 8e place des plus grands investisseurs internationaux au Chili.
Mais ce n’est pas tout : notre pays a également su attirer l’attention d’entreprises chiliennes. Parmi les investissements les plus notables sur notre territoire figurent le géant du lithium SQM (Anvers) (voir encadré) et le producteur de molybdène Molymet-Molynor (Gand). Sans oublier Sigdo Koppers qui a racheté la société liégeoise Magotteaux, active dans le secteur minier. Cette acquisition a d’ailleurs largement bénéficié aux deux pays : synergies opérationnelles, expansion mondiale, innovation…
Pendant plusieurs décennies, la Belgique a également mené des actions de coopération au développement au Chili, lesquelles ont laissé une empreinte durable dans tout le pays. Des milliers d’étudiants et étudiantes d’origine chilienne ont travaillé et étudié dans des établissements belges, un héritage qui se perpétue encore aujourd’hui. Par ailleurs, une cinquantaine d'institutions chiliennes collaborent avec des instituts de recherche et des universités belges, notamment dans les domaines de la biotechnologie, de l'astronomie (voir encadré), des ressources hydriques, de l'environnement, de la modélisation mathématique et de l’Antarctique.
Autre événement marquant : notre pays a fait preuve d’une solidarité exemplaire lors du violent coup d’État mené par le général Augusto Pinochet en 1973. À l’époque, notre ambassade à Santiago a accueilli 106 Chiliens et Chiliennes qui fuyaient la junte militaire et quelque 5 000 de leurs compatriotes ont également trouvé asile sur notre territoire. À l’occasion du 50e anniversaire du coup d’État, notre ambassade a fait réaliser un documentaire réunissant les témoignages de personnes qui avaient pu trouver refuge dans la résidence belge en 1973.
Le couple royal lors de leur visite à SQM, la plus grande raffinerie de lithium au monde (voir encadré) (© SPF Affaires étrangères).
Une alliance prometteuse
Malgré ce lien profond, cela faisait déjà 60 ans qu'un chef d'État belge – le roi Baudouin et la reine Fabiola à l'époque – n'avait plus effectué une visite d'État au Chili, ni même en Amérique latine. Trois missions économiques princières avaient certes été menées (en 1991, 2002 et 2011), mais une visite d'État revêt une portée bien supérieure. Il s'agit en effet du plus haut contact diplomatique entre deux chefs d'État et de la meilleure façon de célébrer et renforcer les liens entre deux nations.
Notre pays a dès lors accepté l'invitation de l'actuel président chilien, Gabriel Boric, avec un vif enthousiasme, convaincu que la Belgique et le Chili peuvent s'apporter beaucoup mutuellement. Dans un contexte d'évolution des rapports de force dans le monde, la Belgique – et l'UE – se doit en effet d’explorer de nouvelles alliances.
Prenons simplement l’exemple de la transition énergétique ainsi que des matières premières critiques et de l'énergie verte qu’elle exige. Le Chili renferme non seulement d’abondantes réserves de lithium – utilisé dans les batteries – mais se profile également comme l'endroit idéal pour produire en masse de l'hydrogène à faibles coûts, grâce aux vents puissants et stables dans le sud et à l’ensoleillement exceptionnel dans le nord. D'ici 2030, le pays ambitionne même de devenir l'un des principaux exportateurs de molécules d'énergie verte.
La Belgique et le Chili peuvent également apprendre énormément l'un de l'autre. Par exemple, notre modèle de coopération entre les pouvoirs publics, le monde des entreprises et les instituts de recherche a par exemple fait de notre pays une référence en matière d’énergie verte et de numérisation, entre autres, et constitue une source d'inspiration pour notre allié latino-américain. De son côté, le Chili se distingue par le développement rapide de solutions : la start-up Solcor Chile, par exemple, a déployé l'énergie solaire sur l’ensemble du territoire.
Enfin, les deux pays partagent de nombreux principes et valeurs, tels que la défense du multilatéralisme et de l'ordre juridique international, l'État de droit, la démocratie, l'égalité de genre, le respect des droits humains et la lutte contre le dérèglement climatique. Cela vaut d’ailleurs pour la quasi-totalité du continent latino-américain.
Le ministre des Affaires étrangères Prévot en conversation avec son homologue chilien Alberto van Klaveren (© SPF Affaires étrangères).
Des racines ancestrales
En résumé, la visite d'État visait à mettre en lumière chacun de ces aspects. Comme à son habitude, le SPF Affaires étrangères – par l’intermédiaire de l'administration centrale et de l'ambassade à Santiago – a joué un rôle clé dans la préparation de la visite et le bon déroulement des rencontres.
La délégation – composée entre autres de notre couple royal, de représentants et représentantes des régions et communautés et de plusieurs ministres – a rencontré le président Boric et quelques membres de son gouvernement. Des entretiens ont en outre été organisés avec les présidents du Sénat et de la Chambre des représentants. Notre ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a rencontré son homologue chilien Alberto van Klaveren.
Une visite d'État comporte également toujours un important volet culturel. Au Chili, nous avons témoigné notre respect pour les racines ancestrales de la communauté locale. Notre souveraine est notamment partie à la rencontre du peuple autochtone des Mapuches. La population chilienne compte encore 9 % d’autochtones, dont 80 % de Mapuches, qui vivent souvent dans la précarité.
La reine Mathilde a participé à une danse autour d’un totem, un arbre sacré qui symbolise le lien entre les mondes terrestre et spirituel. Elle a ensuite joué au palín, un jeu traditionnel mapuche, proche du hockey. Ce sport est en principe réservé aux hommes, mais en l’absence du roi Philippe à la suite d’un changement de programme, c’est la souveraine qui s’est prêtée au jeu. Elle a également rencontré Guido Flamey : arrivé au Chili en 1968, ce missionnaire belge s’est particulièrement investi au sein de la communauté mapuche.
Ensuite, notre souveraine a visité le musée d’art précolombien, qui abrite plus de 3 000 œuvres issues des cultures maya, aztèque, inca et mapuche. Saviez-vous, d’ailleurs, que nos propres musées royaux d’Art et d’Histoire comptent parmi leurs collections pas moins de 200 objets provenant du Chili ? On peut notamment citer la momie de Rascar Capac, rendue célèbre par un album de Tintin.
La reine Mathilde joue au jeu de Palin lors de sa visite à la communauté mapuche (© SPF Affaires étrangères).
Une visite exceptionnelle à tous points de vue
22 CEO et 10 membres du personnel académique ont également fait le déplacement, participant parfois à des activités distinctes. Leur séjour a ainsi été ponctué de discussions avec leurs homologues chiliens, portant entre autres sur la production circulaire, l’hydrogène vert, ainsi que l’innovation et l’urbanisation dans le contexte du développement durable.
En parallèle, quatre protocoles d’accord (MoU – Memorandum of Understanding) ont été signés, par exemple entre le Belgian Hydrogen Council (un partenariat qui réunit l’industrie, les responsables politiques et le monde de la recherche) et son pendant chilien, H2Chile. Fluxys a quant à elle signé un MoU destiné au développement d’infrastructures pour l’hydrogène, l’ammoniac et le CO2 : stockage, transport et terminal. Ce protocole d’accord a pour but de faciliter l’exportation des molécules vertes. Les deux derniers MoU concernent Ecosteryl (gestion des déchets médicaux) et Hinicio (hydrogène).
Cette visite d’État a permis de resserrer étroitement les liens et de sceller une amitié chaleureuse et profonde. Le roi Philippe lui-même s’est réjoui d’une visite à tous points de vue « exceptionnelle ». Rien, pas même les pannes d’avion – la première au départ de la Belgique (un jour de retard) et la seconde au retour depuis le Chili (deux jours de retard) – n’aura pu ternir le tableau. « Le Titanic n’a pas encore coulé, on reste à bord », a déclaré notre souverain. « Nous sommes tous ensemble, quoi qu’il arrive. »
Notre ambassade a donc eu fort à faire jusqu’à la toute dernière minute et elle n’est pas près de relâcher son attention. En effet, elle va à présent suivre avec le plus grand soin toutes les opportunités qui se sont présentées durant la visite. L’objectif : garantir des retombées maximales à long terme.
Les étoiles et le désert d’Atacama
Le désert d’Atacama, au nord du Chili, se caractérise par un ciel particulièrement dégagé. L’air y est extrêmement sec et la pollution lumineuse pour ainsi dire inexistante. Un lieu idéal pour se perdre dans les étoiles, aux confins de l’univers.
Sur le cerro Paranal, une montagne culminant à 2 635 m d’altitude au cœur du désert d’Atacama, se trouve un observatoire exploité par l’Observatoire européen austral (ESO – European Southern Observatory). La Belgique fait partie des cinq pays qui ont fondé en 1961 l’ESO, l’un des instituts de recherche en astronomie les plus avancés au monde.
Cet observatoire est notamment équipé du « Très grand télescope » (VLT – Very Large Telescope), qui permet de réaliser des observations détaillées de l’univers. Mais ce n’est pas tout : un « Télescope géant » (ELT – Extremely large Telescope), d’un diamètre de 39 mètres, est actuellement en construction. Il s’agira du plus grand télescope au monde. L’ELT sera en mesure de chercher avec une précision sans précédent des exoplanètes, ces planètes qui tournent autour d’une autre étoile en dehors de notre système solaire. Les phénomènes de formation stellaire et de trou noir seront eux aussi étudiés.
La Belgique contribue au succès de l’observatoire dans de nombreux domaines : optique, ingénierie de précision, innovation en matière d’énergie… De plus, nous disposons d’une grande expérience dans la « chasse aux planètes ». Sur le Paranal trône également le télescope SPECULOOS, développé par l’université de Liège : Search for habitable Planets EClipsing Ultra-cOOl Stars. Fort du succès des télescopes TRAPPIST, installés sur un autre site au Chili, la mission de SPECULOOS est de chercher des planètes potentiellement habitables. En effet, le projet TRAnsiting Planets and PlanetesImals Small Telescope, également mené par l’université de Liège, a trouvé sept exoplanètes de la taille de la Terre, dont certaines orbitent dans la zone habitable de leur étoile.
Passionné par l’espace, le roi Philippe s’est manifestement délecté de chaque minute de la visite. La délégation a profité des conditions exceptionnelles pour observer la Voie lactée. Pour le ministre Prévot, c’était une occasion parfaite « de renforcer les liens entre les institutions scientifiques et industrielles belges et l'ESO, et d’explorer de nouvelles opportunités de collaboration entre la Belgique et le Chili dans le domaine de la recherche et de l'innovation ».
SQM, le géant du lithium
La Sociedad Química y Minera de Chile (SQM), la plus grande raffinerie de lithium au monde, était une étape incontournable de la visite. En effet, le lithium est essentiel pour les batteries (pour le stockage d’énergie, dans les voitures électriques et dans les smartphones) et la demande monte en flèche. En réponse à cette ruée vers le lithium, SQM est parvenue à quadrupler sa production annuelle de carbonate de lithium, passant de 48 000 tonnes en 2018 à 200 000 tonnes aujourd’hui. La production d’hydroxyde de lithium devrait quant à elle atteindre 100 000 tonnes cette année. L’entreprise assure de ce fait 17 % de la production mondiale.
Les efforts mobilisés par SQM en matière de développement durable sont un autre atout à souligner : limitation de la consommation d’eau, maximisation de l’utilisation des énergies renouvelables dans la chaîne de transformation… Par exemple, l’eau présente dans la saumure riche en lithium pompé dans le salar (désert de sel) d’Atacama est extraite par évaporation solaire. L’entreprise vise également une empreinte carbone la plus faible possible et ne cesse d’innover.
SQM jouit d’un lien particulier avec la Belgique. L’entreprise chilienne est le principal grossiste en produits chimiques dans notre pays et investit massivement dans le port d’Anvers-Bruges, où elle dispose de centres de distribution et d’installations de mélange d’engrais. C’est depuis ces installations qu’elle propose ses services à sa clientèle à travers le monde.
De plus, SQM a confié à l’entreprise belge Veldeman la construction au Chili d’un immense entrepôt modulaire de 14 000 m2, le plus grand d’Amérique latine, destiné au stockage de 80 000 tonnes de carbonate de sodium. Cette construction a été conçue pour résister à des conditions météorologiques extrêmes telles que des vents violents soufflant à 140 km/h.
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