Visite d'État en Lituanie : de la coopération militaire à la transition écologique et numérique

Du 24 au 26 octobre 2022, nos souverains se sont rendus en Lituanie pour une visite d'État officielle placée sous le thème: « Une solidarité ancrée dans le passé, une coopération tournée vers l'avenir ». Jusqu’à présent, nous collaborons principalement sur le plan militaire, mais le potentiel en matière économique (transition écologique et numérique), culturelle et universitaire se révèle tout aussi important.

  1. Dernière mise à jour le
Image
Photo du couple royal belge devant la cathédrale de Vilnius.

Notre couple royal devant la cathédrale de la capitale Vilnius (© SPF Affaires étrangères).

Du 24 au 26 octobre 2022, nos souverains se sont rendus en Lituanie pour une visite d'État officielle placée sous le thème: « Une solidarité ancrée dans le passé, une coopération tournée vers l'avenir ». Jusqu’à présent, nous collaborons principalement sur le plan militaire, mais le potentiel en matière économique (transition écologique et numérique), culturelle et universitaire se révèle tout aussi important.

Dès le 27 décembre 1922, la Belgique reconnaît la République de Lituanie. Lorsque l'Union soviétique absorbe l’État balte en 1940, notre pays refuse de reconnaître cette annexion, une décision que la Lituanie a toujours appréciée. Le 5 décembre 1991, après la chute du mur de Berlin, la Belgique établit des relations diplomatiques avec la république redevenue indépendante. Cette année, la Belgique et la Lituanie célèbrent donc le 100e anniversaire de leurs relations bilatérales, une occasion toute désignée pour une visite d'État.

Image
Carte montrant les États baltes

La Lituanie est limitrophe du Belarus et de l’enclave russe de Kaliningrad (© iStock).

La Lituanie, pays limitrophe du Bélarus et de la Russie

À l'instar des autres États baltes que sont la Lettonie et l'Estonie, la Lituanie reste largement méconnue. Le fait qu'elle ait été engloutie pendant si longtemps par l'Union soviétique n'y est certainement pas étranger. En outre, cette période joue un rôle important dans l'attitude qu’adopte encore la Lituanie actuellement. Par exemple, le pays se montre extrêmement critique à l'égard de la Russie. L'appartenance à l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) est vitale pour les Lituaniens, d’ailleurs largement favorables à l'Union européenne (UE).

Aujourd'hui, la situation géographique du pays le rend extrêmement vulnérable. La Lituanie partage non seulement une longue frontière avec le Bélarus, allié à la Russie, mais aussi avec l'enclave russe hautement militarisée de Kaliningrad, située entre la Lituanie et la Pologne (voir la carte). Le tronçon de 65 km de frontière entre la Lituanie et la Pologne, connu sous le nom de corridor de Suwalki, empêche toute connexion terrestre entre Kaliningrad et la Russie. C'est là que réside une vulnérabilité majeure commune aux États baltes. En effet, si la Russie occupait le corridor de Suwalki, ces pays pourraient se retrouver isolés de leurs alliés de l'OTAN.

Image
Photo de la rencontre du roi Philippe avec le président de la Lituanie

Rencontre entre les 2 chefs d'Etat en présence de leurs épouses (© SPF Affaires étrangères).

Une coopération militaire bien ancrée

C'est précisément cette frontière extérieure qui justifie la présence militaire de la Belgique en Lituanie depuis 2004, dans le cadre de l'OTAN. Actuellement, 150 soldats belges y sont stationnés. Notre pays apporte ainsi une contribution importante à la sécurité de la Lituanie et de la région, ainsi que de l'UE dans son ensemble. Au cours de la visite d'État, S.M. le Roi, en présence du président lituanien, a rencontré les militaires belges.

La Belgique participe également aux missions aériennes et terrestres de l'OTAN. Depuis 2004, des avions de chasse appartenant aux alliés de l'OTAN assurent une surveillance constante de l'espace aérien. Notre pays a même été le premier à envoyer quatre avions F16 en Lituanie en 2004. Depuis lors, nous avons déjà accompli douze missions de police du ciel de l'OTAN dans les pays baltes (« Baltic Air Policing ») et d'autres missions sont encore au programme.

En outre, la marine belge participe chaque année à l'opération OPEN SPIRIT, une mission de déminage de l'OTAN en mer Baltique dont l’objectif est de déminer et d’éliminer les munitions de la Seconde Guerre mondiale. En 2022, la Belgique a ainsi déployé un chasseur de mines pendant six mois. Cette année, c’était au tour de la Lituanie de prendre les rênes de l'opération OPEN SPIRIT. Le pays s'est concentré principalement sur les eaux territoriales lituaniennes.

Bien entendu, la guerre en Ukraine occupait une place importante dans l'esprit des participants à la visite d'État. S.M. le Roi a non seulement rencontré le détachement belge dans le cadre de la NATO Enhanced Forward Presence, mais a également assisté, avec le Président lituanien, à l'exercice Iron Wolf 2022 sur le terrain d'entraînement militaire de Pabradé.

S.M. la Reine, de son côté, a visité le Centre pour l'Ukraine à Vilnius en compagnie de l'épouse du président. Cette initiative propose aux réfugiés ukrainiens diverses formations ainsi qu'une assistance psychologique. Notre souveraine a assisté à un spectacle présenté par les enfants, admiré leurs peintures et discuté avec des femmes ukrainiennes.

Image
Photo du roi Philippe avec des soldats belges

Le Roi rencontre des soldats belges après l'exercice Iron Wolf 2022 (© FOD SPF Affaires étrangères).

Potentiel économique pour la transition écologique et numérique

Malgré une coopération militaire importante, la coopération économique stagne à un niveau relativement modeste (voir les chiffres dans l'encadré). Les investissements belges en Lituanie restent également limités. Les entreprises de dragage Jan De Nul et DEME, le port d'Anvers-Zeebrugge et le distributeur d'énergie Fluxys, entre autres, y sont actifs. Les investissements lituaniens réalisés dans notre pays concernent, entre autres, la pêche et la transformation du poisson.

Pourtant, le potentiel économique est considérable. Nos deux pays se trouvent en effet confrontés à une transition énergétique et numérique sans précédent. La Lituanie entend faire passer sa propre production d'énergie de 35 % actuellement à 70 % en 2030 pour atteindre 100 % en 2050, afin de parvenir à la neutralité climatique.

Cependant, la relation avec la Russie intervient également dans la transition énergétique. Depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, la Lituanie a réduit sa dépendance au gaz russe jusqu'à s'en détacher complètement en mai de cette année. Pour l'instant, toutefois, la Lituanie demeure partiellement raccordée à un réseau électrique couvrant les trois États baltes, la Russie et le Bélarus, vestige du passé soviétique. La Russie pourrait donc très facilement perturber l'approvisionnement en électricité de la Lituanie. Pour cette raison, le pays souhaite se raccorder entièrement au réseau électrique européen d'ici 2025, et ce grâce à un financement de l'UE.

Dans sa démarche de transition énergétique, la Lituanie consacre une large place aux énergies renouvelables telles que les énergies solaire et éolienne. Pour mener à bien ces projets ambitieux, la Belgique représente un partenaire expérimenté et fiable, également en matière d'efficacité énergétique des bâtiments et de construction de parcs éoliens en mer. Autant d'opportunités intéressantes pour les entreprises belges. La visite d'État a permis de nouer des contacts significatifs sur ce plan.

Entre 2004 et 2009, le pays balte a déjà mis à l'arrêt la vétuste centrale nucléaire d'Ignalina, elle aussi reliquat du passé soviétique. En 2019, des missions conjointes d'experts lituaniens et de spécialistes nucléaires belges issus du centre d'étude nucléaire SCK CEN à Mol ont examiné les possibilités de démantèlement et d'assainissement du site en toute sécurité.

La Lituanie ambitionne explicitement de se profiler en tant que pôle pour l’informatique et les technologies financières (« Fintech »), très ouvert aux nouveaux services financiers liés à Internet, tels que la monnaie et les paiements électroniques ou encore la chaîne de blocs (« blockchain »). Cette perspective comporte également des opportunités pour la Belgique.

Image
Photo du roi Philippe regardant un crâne de mammouth

Visite d'une université lituanienne (© FOD SPF Affaires étrangères).

Renforcer les liens universitaires et culturels

En outre, la Lituanie souhaite privilégier davantage la recherche et le développement. Le pays vise une part de 5 % du PIB d'ici à 2030. Actuellement, 27 universités et écoles supérieures belges entretiennent des collaborations avec des partenaires lituaniens, dont 10 en Wallonie et 17 en Flandre. Cette visite a également pour but de dynamiser la coopération universitaire et les échanges d'étudiants.

Le déplacement de nos souverains comportait également un important volet culturel. Les deux pays sont pour ainsi dire de parfaits étrangers l'un pour l'autre, surtout sur le plan culturel. Par exemple, la Belgique a depuis peu découvert le magistral peintre et compositeur lituanien Čiurlionis grâce à une exposition à Gand en 2013. Le musée national d’art MK Čiurlionis se trouve à Kaunas, la capitale culturelle européenne en 2022. Nos souverains ont visité ce haut lieu architectural et culturel de l'art déco et du modernisme. La région de Courtrai, ville créative de design, collabore déjà sur plusieurs projets avec la ville de Kanaus.

Au cours de la visite d'État, en présence de S.M. la Reine, un accord de coopération a été conclu entre le musée de l’histoire juive Vilna Gaon dans la capitale Vilnius et le musée juif de Belgique à Bruxelles. Ce dernier prêtera diverses pièces (peintures, affiches...) en rapport avec la Lituanie.

Lien de sang de S.M. la Reine

Dans la capitale Vilnius, le couple royal a visité, entre autres, le musée du patrimoine ecclésiastique de l'église Saint-Michel et le tombeau de la famille Sapieha. Non sans raison. En effet, par sa lignée maternelle, la Reine Mathilde compte des ancêtres issus de la noblesse polono-lituanienne qui exerçaient une grande influence politique dans ce qui était alors la Grande Principauté de Lituanie au XVIe siècle.

Ces liens familiaux ont également été mis à l'honneur lors de la visite du campus historique de l'université de Vilnius, ainsi que des documents sur l'historien, homme politique et scientifique polono-lituanien Joachim Lelewel, qui vécut à Bruxelles pendant de nombreuses années. Ensuite, nos souverains et le couple présidentiel lituanien ont engagé des discussions avec de petits groupes d'étudiants lituaniens et belges sur des sujets tels que le changement climatique, la biodiversité et la santé mentale dans l'éducation.

La visite d'État a constitué une occasion idéale pour les deux pays de resserrer leurs liens. La Lituanie a témoigné sa reconnaissance non seulement envers le refus belge de reconnaître son annexion par l'Union soviétique, mais également pour la solidarité dont notre pays fait preuve à l’égard de cette frontière extérieure de l'UE et de l'OTAN. Face à la menace russe, la coopération militaire reste cruciale, mais la Belgique et la Lituanie tiennent également à renforcer leurs liens économiques, universitaires et culturels.

La Lituanie en quelques chiffres

Superficie : 65 300 km² (soit plus de deux fois celle de la Belgique)

Population : environ 2,79 millions d'habitants (juillet 2022) dont quelque 590 000 dans la capitale Vilnius. La population du pays connaît un déclin en raison d'un faible taux de natalité et de l'émigration des jeunes.

Exportations depuis la Belgique : 1,1 milliard d'euros, principalement des produits chimiques et pharmaceutiques et du matériel de transport. La Lituanie est notre 42partenaire à l'exportation.

Importations en provenance de Lituanie : 686 millions d'euros, principalement des produits minéraux ainsi que des denrées alimentaires et des boissons. La Lituanie est notre 47e fournisseur d'importations.