UE : biodiversité et climat, des alliés naturels


Publié le 24 juin 2021
 

pelouse calcaire
Pelouses calcaires le long de la Meuse, des zones Natura 2000.
© Natagriwal

 

Le réseau européen Natura 2000 permet de protéger 24 % du territoire de l'UE, tout en permettant, sous certaines conditions, la poursuite des activités humaines telles que l'agriculture et la foresterie. Madame Gwenn Dodeur, responsable Natura 2000 chez Natagriwal en Région wallonne, considère cette impulsion comme extrêmement importante.

Dans cette série d'articles, nous invitons des personnes à témoigner de l'impact positif de l'UE, pour chacune des 6 priorités établies par l'actuelle Commission européenne. Aujourd'hui, première partie : le Pacte vert pour l’Europe, dont la protection de la biodiversité et Natura 2000 font partie intégrante.
 

Gwenn Dodeur
Gwenn Dodeur
© Natagriwal

 

L'Union européenne (UE) a élaboré une série de mesures visant à protéger l'environnement et la biodiversité. Les agriculteurs peuvent prétendre à des subventions en échanges d’actions respectueuses de l'environnement telles que semer des fleurs en bordure d'un champ, planter une haie, creuser une mare, etc.

De plus, grâce à l’initiative Natura 2000, l'UE parvient à protéger pas moins de 24 % de sa superficie : plus d'un million de km², soit 30 fois la superficie de la Belgique ! Il ne s'agit pas de réserves naturelles dotées d'une enveloppe protectrice, mais de zones où les activités économiques se conjuguent avec la protection de l'environnement. 

Les agriculteurs, les forestiers et les propriétaires actifs dans une zone Natura 2000 sont soumis à un certain nombre de restrictions. Par exemple, ils ne peuvent pas planter de conifères à moins de 12 mètres d'un cours d'eau. Aucun arbre exotique ne peut être planté dans des forêts à valeur écologique. Dans d’autres zones, les engrais organiques et minéraux sont interdits.
 

Les tourbières dans les Hautes Fagnes
Les tourbières dans les Hautes Fagnes sont également incluses dans Natura 2000.
© Emily Hugo

 

13 % de la Wallonie

Ce n'est pas toujours aussi simple ! C'est pourquoi,  une association wallonne sans but lucratif - Natagriwal - aide les agriculteurs et les forestiers à appliquer correctement les diverses mesures de gestion. Gwenn Dodeur, responsable Natura 2000 au sein de Natagriwal, nous donne un mot d’explication.

« 13 % de la surface des terres wallonnes est couverte par Natura 2000 », précise Madame Dodeur. « L'ensemble de la zone couvre 41 types d'habitats. Pensez aux tourbières dans les Hautes Fagnes, aux pelouses calcaires le long de la Meuse ou aux forêts d'érables sur les collines. En outre, 65 espèces d'oiseaux et 69 autres espèces animales sont protégées : le cuivré de la bistorte, le triton crêté, plusieurs espèces de chauves-souris, le râle des genêts... (voir La biodiversité en Wallonie). Quelque 64 000 propriétaires, forestiers et agriculteurs doivent respecter un certain nombre de règles, mais sont indemnisés pour leurs efforts ».
 

Le râle des genêts
Le râle des genêts est protégé par Natura 2000.
© A. De Broyer

 

La biodiversité, plus importante que vous ne le pensez

Si le climat est progressivement devenu un sujet brûlant d’actualité, la biodiversité reste plutôt à l'arrière-plan et ce, de manière tout à fait injustifiée, selon l'opinion de Madame Dodeur. « Natura 2000 est un réseau extrêmement important et nécessaire ! Car la biodiversité joue un rôle essentiel dans nos vies. Par exemple, elle est très utile pour divers services écosystémiques, dont la pollinisation. Elle a également une valeur économique directe : bois, plantes diverses, etc. La biodiversité peut s’utiliser en agriculture pour lutter contre toute forme de nuisibles et de maladies. Enfin, sa valeur récréative ne doit pas être sous-estimée : loisirs, bien-être, identité culturelle, etc. »

Malgré son importance indéniable, nous constatons une perte rapide de notre biodiversité. Selon Madame Dodeur : « En Belgique, pas moins de 40 % des espèces animales sont menacées d'extinction ou sont en forte régression. En Europe, les populations d'oiseaux issus du milieu agricole ont diminué de 50 % en 30 ans, et ceux qui nichent au sol ont même diminué de 90 % ! Nos insectes souffrent aussi énormément, à cause des pesticides, du fauchage trop précoce des bords de route, du manque de fleurs des champs, etc. »

Gwenn Dodeur ne voit pas de réels inconvénients à Natura 2000, si ce n'est que la structure complexe de l'État belge complique quelque peu sa mise en œuvre. « Les sommes en jeu sont considérables : environ 50 millions d'euros pour la période 2014-2020, et 6,8 millions d'euros en 2021-2022. Sans compter les programmes LIFE. »
 

un cuivré de la bistorte
La pollinisation est un important service gratuit fourni par la nature. Sur la photo : un cuivré de la bistorte, protégée grâce à Natura 2000.
© Ph. Goffart

 

Natura 2000, composante du Pacte vert

Natura 2000 fait partie intégrante du Pacte vert pour l’Europe, principalement connu pour son paquet de mesures visant à lutter contre le changement climatique. Est-ce logique ? « Très certainement, il existe même un lien fort entre la biodiversité et le changement climatique. Un grand nombre de mesures suivies par Natagriwal ont également des répercussions sur le changement climatique. Par exemple, la restriction et l’interdiction des engrais et pesticides entraînent une diminution des émissions d’oxyde d’azote et d’ammoniaque, tout en évitant la libération de CO2 lors de la production d’engrais et de pesticides. »

« À travers Natura 2000, nous tentons de diversifier les paysages. Cette variation écologique facilite l’adaptation des animaux et plantes au changement climatique. La plantation de haies et de buissons empêche la désagrégation des particules de sols fertiles par temps pluvieux ou venteux. Les sols peuvent alors retenir davantage de carbone. Un dernier exemple : l’agriculteur qui produit lui-même le fourrage pour ses animaux stocke davantage de carbone dans le sol et la biomasse. En même temps, il évite les émissions de CO2 en achetant moins de fourrage. »

Dans le cadre du Pacte vert, l’UE souhaite faire étendre le réseau Natura 2000 : protéger 30 % de la superficie, dont 10 % de manière stricte. En définitive, l’UE déploie un effort considérable et fructueux afin de protéger la nature et de lutter contre le changement climatique. Son action profite à tout le monde.
 

Qu’est-ce que le Pacte vert pour l’Europe ?
Le Pacte vert pour l’Europe comporte un paquet global de mesures visant à transformer l’UE en une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive, garantissant (1) la fin des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2050, (2) une croissance économique dissociée de l’utilisation des ressources, et (3) où personne n’est laissé de côté.
Par conséquent, le Pacte vert ne se résume pas à une simple action pour le climat : réduire les émissions de gaz à effet de serre ainsi que renforcer le stockage naturel (forêts…) et artificiel du carbone. Il englobe également la protection de la biodiversité, une agriculture et une chaîne d’approvisionnement durables, une pollution zéro de l’environnement, un secteur de la construction plus propre, des sources d’énergie respectueuses de l’environnement, etc.
 

 

Natura 2000 protège également l’environnement marin
Si vous partez à la côte belge cet été pour prendre un bon bol d’air, il est possible que vous ne le sachiez pas mais cette beauté de la nature est également protégée par le réseau européen Natura 2000 ! Ainsi, 37 % de la mer du Nord est reconnue comme une zone Natura 2000. Plus de 2000 espèces animales et végétales, dont 140 espèces de poissons et plus de 60 espèces d’oiseaux marins, bénéficient dès lors d’une protection. Les mammifères marins tels que le marsouin et le phoque se font également de plus en plus présents.
Dans le plan d’aménagement des espaces marins 2020-2026, une réserve naturelle s’ajoute à la frontière néerlandaise, la Vlakte van de Raan. Par ailleurs, la baie de Heist a été intégrée dans la zone de protection pour les oiseaux à hauteur de Zeebrugge.
Ces zones ont pour objectif non pas d’exclure toutes les activités, mais de protéger la vie marine. À cette fin, toutes les activités potentiellement préjudiciables pour les espèces et habitats présents doivent faire l’objet d’une « évaluation appropriée ». L’activité se déroulera uniquement si cette évaluation confirme l’absence de répercussions négatives sur la zone naturelle. En outre, trois zones de recherche ont été mises en évidence, dont deux se situent dans le Vlaamse Banken. Des restrictions peuvent être imposées dans ces zones pour les activités qui ont un impact sur le sol, afin d’assurer la restauration et la conservation de la nature.
 


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