« Il nous fallait faire sentir aux Belges qu'ils n'étaient pas seuls »

 

Publié le 29 mai 2020
 

L’équipe Chennai (avant la crise du corona)
L’équipe Chennai (avant la crise du corona)

 
En séjour en Inde du Sud, dans un pays en plein confinement, des dizaines de Belges ont dû rentrer à la maison. Comment le consulat général belge à Chennai les y a-t-il aidés ? Dhivviaa Ramakrishnan - collaboratrice des Affaires consulaires et de la diplomatie économique - et le stagiaire Shruthi George racontent leur histoire.

La circonscription du consulat général belge à Chennai (Inde du Sud) est très étendue. Elle comprend notamment 6 États, chacun étant environ de la taille de la France ou de l'Allemagne. Outre des mégalopoles comme Bangalore et Chennai, on y trouve également de nombreux sites touristiques : les magnifiques Backwaters de Kerala, les plages de Kerala, le Tamil Nadu et le Karnataka, et de nombreuses villes avec des temples.

Et ils attirent aussi les touristes belges. D'autres Belges ont de la famille ou séjournent temporairement ici pour leur travail. Il y a des échanges d'étudiants et plusieurs personnes travaillent comme bénévoles auprès d'une ONG. Il y a aussi des Indiens qui habitent en Belgique et qui rendent visite à leur famille. Au total, 250 Belges qui résident et travaillent ici de manière permanente, entre autres dans les hubs IT et technologiques de l'Inde du Sud, se sont enregistrés au consulat général.

Certains Belges viennent ici pour méditer ou pour des raisons de santé. L'Inde du Sud est en effet une partie de l'Inde bien développée et dispose de soins de santé de grande qualité. Elle propose également des cures de santé basées sur l'ayurveda, une ancienne médecine indienne. Des gens viennent des quatre coins du monde pour faire ces cures.
 

Les Backwaters de Kerala
Les magnifiques Backwaters de Kerala (© iStock)

 
Confinement

Mais soudainement, le fameux coronavirus a frappé ici aussi et un confinement a été décrété. Nous avons dû garder nos distances, et porter obligatoirement un masque. Les transports publics ont aussi été limités dans la plupart des régions.

Pour les voyageurs belges présents, ça a été un choc. En plein séjour, ils ont été confrontés à des mesures telles que des tests médicaux obligatoires et des quarantaines. Nombre d'entre eux ne voyaient pas l’intérêt de rester plus longtemps sur place. Mais il leur fallait un vol de retour et certains ont dû rejoindre un aéroport depuis des régions reculées. Un peu comme si vous deviez rejoindre Zaventem depuis le sud de l'Italie, dans un pays confiné.

Le consulat général a tout mis en œuvre afin de leur faire quitter les lieux en toute sécurité et de leur réserver un vol.

 
Vols de retour

Dès que les autorités indiennes ont décrété le confinement, nous avons contacté les voyageurs belges bloqués. Les voyageurs se trouvent en effet dans la position la plus faible parce qu'ils n'ont ni famille, ni réseau ici. Dans ce contexte, nous avons utilisé Travellers Online, une banque de données du SPF Affaires étrangères où les voyageurs belges peuvent s'enregistrer. Certains Belges bloqués nous ont contactés eux-mêmes par e-mail ou par téléphone. Au total, nous avons reçu plus de 250 demandes de soutien consulaire.

Il s'agissait alors de trouver un vol pour ces personnes. Juste avant le confinement, nous avions déjà pu assister plus de 80 Belges avec des vols commerciaux. Mais à partir du 24 mars, nous avons utilisé des vols de retour de différents pays européens. À cet effet, nous avons remis des listes de candidats pour divers vols à la délégation de l'UE à New Delhi. Nous avons également pu réserver plusieurs vols via d'autres consulats généraux européens dans notre circonscription. De cette manière, nous avons pu rapatrier quelque 90 Belges depuis 7 aéroports différents.
 

Dhivviaa Ramakrishnan
Dhivviaa Ramakrishnan

 
Laissez-passer

Mais encore fallait-il que les Belges puissent rejoindre les aéroports ! Et ce dans un contexte de frontières internes fermées entre États et de postes de contrôle omniprésents. Ils ont dû trouver un moyen de transport, un taxi par exemple, parfois pour un trajet de nuit à travers plusieurs États. Et ils avaient besoin d'une autorisation pour franchir les frontières des États.

En tant que consulat général, nous avons également pu rendre service à cet égard. Nous avons délivré un « laissez-passer » et nous avons fourni une carte de transit via les autorités locales, ainsi qu'un permis nécessaire du ministère indien des Affaires étrangères. Dans un rare cas où un Belge a été retenu à un poste de contrôle, nous avons négocié avec les autorités locales.

Nous tenons à le souligner : nous sommes extrêmement satisfaits de la collaboration avec les autorités locales. Elles étaient disponibles à tout moment et elles nous ont souvent contactés par téléphone ou e-mail jusque tard le soir pour signaler qu'elles avaient trouvé une solution. Nous avons senti que les Belges étaient entre de bonnes mains. Parfois, elles ont même organisé le transport à l'aéroport pour les Belges !

 
Depuis la maison

Car nous ne pouvions généralement pas nous rendre personnellement « sur le terrain ». Pour cela, le confinement était trop sévère et notre circonscription - à peu près la moitié de la superficie de l'Europe - trop grande. Nous avons tout fait depuis le consulat général ou plus précisément depuis la maison, par téléphone, e-mail ou WhatsApp. Car au consulat général également, des « mesures coronavirus » strictes étaient en vigueur. Hormis le consul général, les collaborateurs restent de préférence à la maison. Si nous devons nous rendre au bureau, nous veillons à ce qu'il n'y ait qu'une seule personne sur place, en plus du consul général.

Les visites sont uniquement possibles sur rendez-vous et en l’absence d'autre solution. Si des Belges ne peuvent pas se rendre chez nous à cause du confinement, nous demandons une autorisation via les autorités locales. Nous n'acceptons pas de formulaires et de documents sans l'utilisation d'un gel pour les mains.

En fait, nous prenions déjà des mesures de précaution au début mars, donc avant le confinement. Nous avions acheté du gel pour les mains, des masques, des gants et du matériel de nettoyage spécial. Des posters sur l'hygiène des mains ont été affichés. Notre médecin nous a bien informés sur la prévention et sur ce qu'il faut faire en cas d'infection.
 

Shruthi George
Shruthi George

 
Esprit d'équipe

Nous avons vécu des moments excitants. Nos compétences en communication et nos connaissances de base pour chercher des vols nous ont été fort utiles. Mais notre esprit d'équipe a également été une des clés du succès. Ainsi, notre collègue Swathi Balasubramanian a travaillé précédemment pour une compagnie aérienne. De ce fait, nous avons pu compter sur plusieurs contacts utiles. À son tour, Geetha Mahendran a veillé à ce que notre infrastructure et notre équipement restent opérationnels.

Mais nous avons aussi vécu des moments exigeants, surtout les 5 premières semaines : un rythme de 9 à 17 ne suffisait alors pas. Les soirées ont souvent été longues, et le travail durant le week-end était aussi inévitable. Il fallait être là pour les Belges. Mais lorsqu'il y a eu moins de vols de retour, la charge de travail a également diminué.

La plupart des Belges qui le voulaient, sont à l’heure actuelle effectivement rentrés chez eux. Certaines personnes qui avaient manifesté le souhait de rentrer, hésitent à présent. Nous continuons cependant de les informer des nouvelles possibilités de vol. À eux de décider. Ils savent qu'ils peuvent toujours compter sur notre soutien total.

 
Oreille attentive

Nous pouvons certainement être satisfaits de notre job : nous avons pu aider les Belges avec efficacité. Certains ont réagi avec anxiété et d’autres étaient paniqués. Ils devaient  subitement faire face àbeaucoup d'inconnues. Nous leur avons toujours transmis des messages réalistes, mais pleins d'espoir. Nous avons trouvé essentiel de leur faire sentir qu'ils n'étaient pas seuls. Ils savaient que nous cherchions une solution pour eux et cela les apaisait. Nous n'avons pas fait que traiter leur cas, nous leur avons aussi prêté une oreille attentive.

Les Belges rapatriés semblent d'ailleurs satisfaits. Nombre d'entre eux nous l’ont fait savoir lorsqu'ils étaient rentrés. Leurs nombreux mots de remerciement ont été très encourageants pour nous. Ils nous ont motivés à poursuivre le travail. Tout compte fait, c'est ce qui nous procure la plus grande satisfaction dans ce genre de travail. Personnellement, nous n'avons pas connaissance d'un retour négatif. 99 % des Belges ont toujours été respectueux et reconnaissants.
 

Le temple de Maneekshi au Tamil Nadu
Le temple de Maneekshi au Tamil Nadu (© Shutterstock)