Le chocolat belge peut-il devenir un produit totalement durable?

 

Publié le 9 juillet 2020

 
Du chocolat dans une vitrine
© Shutterstock
 

Beyond Chocolate entend mettre un terme à l'extrême pauvreté, au travail des enfants et à la déforestation qui se cachent derrière notre chocolat. Aujourd'hui, 50 % du chocolat belge est déjà certifié.

En décembre 2018, le secteur du chocolat belge s'est engagé à rendre tous ses produits durables. Cette initiative appelée « Beyond Chocolate » s'appuie sur la « Charte belge SDG pour le Développement international ». Par cette initiative, le ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo, a voulu encourager les entreprises belges à s'engager pour les Objectifs de Développement durable (ODD).

C'est bien connu, nous, les Belges, adorons le chocolat. Une multitude de marques et de variétés de haute qualité nous permettent d'assouvir notre passion. Cependant, nous ne nous attardons que rarement sur le processus de fabrication de ce produit.

 
Extrême pauvreté et déforestation

De nombreux cacaoculteurs vivent dans une situation d'extrême pauvreté et se retrouvent souvent contraints de faire travailler leurs enfants. Souvent, la pauvreté les pousse aussi à cultiver de nouvelles terres et par conséquent à abattre de précieuses forêts.

En Côte d'Ivoire et au Ghana, par exemple, 3 millions d'hectares de forêt ont disparu en dix ans. Un quart de ce chiffre peut être attribué à la plantation de cacaoyers. Les deux pays représentent 68% des importations belges de fèves de cacao.

 
Cultivateurs de cacao
Tous les cultivateurs de cacao méritent au moins un revenu vivable.
(© Shutterstock)

 
Revenu de subsistance

Beyond Chocolate a pour ambition de mettre un terme à ces situations dramatiques. Les signataires s'engagent à garantir la certification de tout le chocolat produit et vendu en Belgique d'ici 2025. Des organismes de certification tels que Fairtrade Belgium et UTZ/Rainforest Alliance, ou les programmes de développement durable des entreprises, peuvent contribuer à cette démarche. Citons par exemple Cacao-Trace de Puratos ou Cocoa Horizons de Barry Callebaut.

D'ici 2030, toute déforestation liée au cacao doit prendre fin. En outre, les quelques 140 000 agriculteurs qui fournissent les fèves de cacao pour le chocolat belge doivent bénéficier d'un revenu suffisant pour vivre sans avoir à tenter de « joindre les deux bouts ». Cela implique qu'une famille dispose de suffisamment de ressources pour subvenir aux frais de sa nourriture, de son logement, de ses soins de santé, de son éducation, de ses transports et d'autres aspects essentiels, mais aussi de réserves suffisantes.

Il ne suffit pas de payer un prix équitable pour les fèves de cacao. Le revenu vital dépend également de la surface de terrain dont dispose un agriculteur, de son revenu, des coûts de production, d'un éventuel revenu complémentaire... Tous ces éléments doivent également être pris en compte.

 
50 % certifié

Un an et demi après son lancement, l'IDH (Sustainable Trade Initiative) - l'organisation qui gère Beyond Chocolate - fait le point sur la situation dans son premier rapport annuel. Et l'espoir est permis. 50 % du cacao utilisé dans la production de chocolat industriel en Belgique est déjà certifié.

Pour les revenus des producteurs de cacao et la déforestation, la question est un peu plus compliquée. En effet, de nombreuses entreprises se procurent leurs fèves de cacao dans le monde entier. Il est donc difficile de savoir exactement quel agriculteur produit du cacao pour la Belgique. Il en va de même pour la déforestation et le travail des enfants. C'est pourquoi l'IDH élaborera des objectifs concrets pour chaque partenaire avec les signataires dans les mois à venir.

 
Une combinaison unique

En tous les cas, la motivation des participants reste forte. Le caractère unique du concept aide. En effet, Beyond Chocolate rassemble un groupe d’organisations très diverses qui se rencontrent dans des groupes de travail et des projets et, surtout, qui partagent le même engagement. En plus des entreprises de chocolat (Galler, Mars, Belvas...) et des grands magasins (Carrefour, Lidl, Aldi, Delhaize...), il y a aussi des ONG (Rikolto, Trias, WWF...), des syndicats, des investisseurs à impact social (Alterfin, Oikocredit...), les universités (UGent, VLIRUOS, ARES...), les organismes de certification (UTZ/Rainforest Alliance, Fairtrade Belgium...), le port d'Anvers et les pouvoirs publics par l'intermédiaire de la Coopération belge au Développement. Dans le cadre de Beyond Chocolate, les participants peuvent échanger leurs expériences sur leurs succès et leurs échecs et apprendre beaucoup les uns des autres.

 
Projets pilotes

Avec le soutien financier de la Coopération belge au Développement, 7 projets ont également été sélectionnés, permettant d'acquérir une expérience supplémentaire. Par exemple, le groupe Colruyt coordonnera un projet pilote en Côte d'Ivoire qui permettra à 102 familles de disposer d'un revenu suffisant pour vivre. D'autres projets portent sur la professionnalisation des coopératives (Tony's Chocolonely), la diversification (Barry Callebaut) et l'agriculture forestière (Cargill).

Beyond Chocolate a rejoint des initiatives similaires aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse. Elle entretient également des contacts étroits avec l'Organisation internationale du cacao (ICCO) et l'Alliance pour un revenu vital dans le cacao (ALICO).

Bref, Beyond Chocolate dispose de nombreux atouts pour pouvoir atteindre les objectifs fixés en 2030. « Nous continuerons à travailler avec autant de passion et d'enthousiasme », déclare Patrick Hautphenne, ancien président du conseil d'administration, dans son avant-propos. « Notre fierté nationale doit aussi absolument devenir une fierté durable à part entière ! »

La Coopération belge au Développement investit 2,5 millions d'euros dans Beyond Chocolate.