Faire sortir les gens de l'extrême pauvreté ? C'est possible !


Publié le 7 mai 2021
 

Groupe de personnes qui cousent
© ADA

Pour aider les personnes les plus vulnérables à sortir de la pauvreté, il ne suffit pas de leur fournir des ressources et des connaissances. Une bonne estime de soi et l’appartenance à des communautés fondées sur la solidarité sont également des éléments cruciaux. C’est avec succès qu’Auto-Développement Afrique met en application cette approche holistique, au Rwanda et au Burundi.
 

ODD Pas de pauvreté

 

Claudine vivait complètement repliée sur elle-même et avait honte de sa situation. Elle ne possédait ni bétail, ni logement et ni même de vêtements décents. Aujourd'hui, elle resplendit dans sa tunique confectionnée à la main.  « Je me sens digne », dit-elle. « Je peux me nourrir, prêter de l'argent aux voisins et fabriquer moi-même des vêtements pour ma famille. Je suis très fière de moi. »

De la même façon, Béata ne sortait pratiquement pas de chez elle et ne parlait à personne. Elle avait trop honte de sa pauvreté et vivait complètement en marge de sa communauté.  « Je vivais seule et je ne pouvais même pas acheter du savon. Ce sont les assistantes sociales qui m'ont permis de retrouver confiance en moi. Grâce à elles, j'ai osé rencontrer à nouveau mes voisins. Aujourd'hui, je me sens bien. Je fais des choses intéressantes et je rêve même d'avoir un jour ma propre boutique ».

Esron, quant à lui, vivait dans une hutte de paille et était incapable de nourrir sa famille correctement. Il n'avait pas de bétail et ne pouvait même pas cultiver son propre lopin de terre, faute de matériel (houe, graines, fumier,…) et de connaissances suffisantes. Aujourd'hui, il est parvenu à sortir la tête hors de l'eau.  « Je me sens digne et fier. Au sein de ma communauté, je suis devenu quelqu'un. Quand j'étais encore dans ma hutte de paille, je n’aurai jamais osé imaginer ma vie telle que celle que je vis maitenant. »

Béata
Autrefois, Béata ne sortait guère, mais aujourd'hui elle se sent super bien.
© ADA

Paralysé par la honte

Comment sortir les gens de l’extrême pauvreté ? Ces 3 témoignages, émanant de personnes bénéficiaires de l'ONG belge Auto-Développement Afrique (ADA) au Rwanda, le prouvent : il ne suffit pas de leur donner des ressources et des connaissances ;les personnes pauvres souffrent souvent d'une image d'eux-mêmes très négative, qui les privent de l'audace nécessaire pour changer leur situation.

ADA s'est spécialisée dans l'aide aux plus vulnérables. L'ONG avait constaté que ce groupe de population était souvent laissé pour compte. Ces personnes vivaient en marge de leur communauté à un point tel qu’elles n’avaient même pas accès aux projets de développement« classiques ». Leur situation était si misérable qu'ils avaient trop honte d’eux-mêmes. Souvent, ils n'osaient même pas assister aux messes ou aux fêtes villageoises.

Les projets de développement requièrent généralement un minimum de ressources pour leur lancement : leurs bénéficiaires doivent, la plupart du temps, déjà disposer d’une base pour pouvoir la développer. Par exemple, certains projets se concentrent sur le (petit) cheptel des personnes pauvres. Mais faut-il encore en avoir un. D'autres soutiennent les coopératives pour la transformation des produits agricoles. Mais dans ce cas, les membres doivent alors disposer d'une parcelle de terrain pour bénéficier du projet. Les personnes en situation d’extrême pauvreté, elles, n'ont rien.

ADA a également constaté que les plus vulnérables n'ont souvent pas la force de se lancer. Ils sont âgés, sous-alimentés, malades... De ce fait, ils se retrouvent exclus des programmes de développement classiques.

Enfin, ils n'ont pratiquement pas reçu de formation et souffrent de problèmes sociaux et psychologiques.
 

Esron
Autrefois, Esron ne pouvait pas nourrir sa famille correctement, mais aujourd'hui
il est devenu quelqu'un dans sa communauté.

© ADA

Communautés solidaires

Ces personnes qui vivent en marge de la société ont donc clairement besoin d'une approche différente. ADA s’est inspiré de ATD Quart-Monde, qui travaille depuis plus de 100 ans avec les personnes les plus pauvres, tant en Europe que dans le reste du monde. Cette association estime que les personnes en situation d’extrême pauvreté doivent s’unir en communautés solidaires afin de trouver les moyens de s’en sortir. S'ils se retrouvent entre semblables, il est plus facile pour eux de dépasser leur sentiment de honte.

Ils doivent réfléchir ensemble, s'entraider, créer une cagnotte commune... Cette collaboration leur permet de vivre une transformation personnelle et sociale afin de surmonter leurs réflexes de peur et d'exclusion.

Mais cette approche a ses limites. Ces personnes extrêmement vulnérables sont censées trouver leurs propres ressources, car ATD ne leur en donne pas. Cela entraine un long processus dont les résultats ne sont pas toujours garantis.
 

Les femmes à la campagne
Dans des communautés solidaires, les personnes extrêmement vulnérables trouvent un soutien mutuel.
© ADA

Une approche holistique

C'est pourquoi ADA a développé sa propre approche. Elle combine la formation et le soutien matériel avec un soutien psychosocial, au niveau de l'individu (problèmes au sein de la famille...) mais aussi à l'échelle collective (animation de communautés solidaires, médiation, aide mutuelle, y compris par un travail en commun...).

Ces communautés solidaires se sont avérées remarquablement durables. Même à l'issue du projet, les gens continuent de s’entraider. Parfois, ces groupes peuvent même se transformer en coopératives agricoles à part entière qui fonctionnent parfaitement.

Nous pouvons résumer l'approche holistique de l'ADA en 3 points majeurs :

  1. Avoir (des ressources) :

L'accès aux moyens de production est indispensable pour pouvoir vivre d’un métier agricole et devenir financièrement indépendant. Par exemple, la terre, le petit élevage, les outils, les semences, le fumier... Mais aussi, par exemple, la diversification : miser sur des produits divers (légumes, bétail...) pour répartir les risques et ainsi se garantir une certaine sécurité...

  1. Savoir (savoir-faire) :

Formation professionnelle agricole, mais aussi formation sur tous les aspects possibles de la vie quotidienne des bénéficiaires : santé et hygiène, droits, droits des femmes (genre), santé reproductive, alimentation équilibrée, etc. Il est essentiel que les bénéficiaires connaissent leurs droits et sachent qu'ils peuvent les faire valoir. La méconnaissance et le manque d'éducation sont des facteurs importants qui les condamnent à la vulnérabilité.

  1. Vouloir (compétences sociales) :

Les assistantes sociales aident continuellement ces personnes à renforcer leur estime de soi. Les personnes vulnérables ont besoin de prendre conscience de leur propre valeur et de réaliser qu'elles ne doivent pas se sentir inférieures aux autres.

En travaillant autour de ces 3 axes, les personnes vulnérables peuvent devenir plus fortes et plus sûres d'elles et développent leur confiance en leur capacité à atteindre un objectif. Souvent, cela s'exprime au travers de l’esprit d’entreprise et de leadership. Beaucoup trouvent un moyen de générer leurs propres revenus. Elles connaissent une transformation remarquable et deviennent plus « résilientes ». Désormais, ces personnes sont capables de faire face aux difficultés de la vie (maladies, aléas climatiques, problèmes familiaux...) et se sont définitivement affranchies de leur situation de vulnérabilité.

La méthode employée par ADA s'est révélée extrêmement efficace et donne rapidement des résultats durables. Cette ONG a donc trouvé un créneau qui vient compléter celui d'organisations telles que Broederlijk Delen, Vétérinaires sans Frontières ou Entraide & Fraternité. Les administrations locales du Rwanda et du Burundi apprécient également beaucoup ses projets.

Sortir les gens de l'extrême pauvreté ? C'est possible !

 

Comment ADA aborde-t-elle  les plus vulnérables ?

« Dans d'autres projets, l'agronome ou le vétérinaire est la personne  la plus importante. Dans notre cas, on peut dire que ce sont les assistantes sociales », explique Nathalie Rucquoy, responsable de l'ADA.

La première étape consiste à identifier les personnes les plus vulnérables. Les assistantes sociales consultent les autorités et les centres de santé locaux. Les centres de santé, par exemple, tiennent des listes d’enfants sous-alimentés.
Ensuite, le projet est présenté lors d'une réunion de village dirigée par le chef du village. Ainsi, les gens de la communauté sont bien informés et aident à déterminer qui est éligible.  « Cela évite de susciter la jalousie », affirme notre interlocutrice.
Dès que la liste est prête, l'assistante sociale frappe à la porte des personnes vulnérables sélectionnées. En général, elles acceptent de participer. Ensuite, l'assistante réunit 12 à 15 personnes vulnérables d'un même village qui se rencontrent régulièrement.
La première formation porte sur le thème  « vivre en paix avec soi-même et avec son environnement ». La directrice d’ADA ajoute :  « Les participants apprennent à se pardonner, mais aussi à pardonner aux autres. Ils prennent conscience que, même s’ils sont très pauvres, ils ont une valeur et des droits identiques à ceux des autres. Ils comprennent aussi qu’ils seront plus forts s'ils s'unissent. Les bénéficiaires reçoivent également des formations à la médiation, à la communication non violente et sur l'importance des mots ».
Les assistantes sociales organisent des réunions régulières et passent souvent à la maison. Elles deviennent ainsi des sortes de grandes sœurs ou mères de substitution. « Au cours de la première année, les participants s'affranchissent peu à peu de leur sentiment de honte. Ils se sentent plus à l'aise lors de leurs interactions sociales. Ils osent aller à l'église et sont, par exemple, invités à des mariages ».
 « La plupart des personnes vulnérables sont très satisfaites de pouvoir participer », conclut Nathalie Rucquoy.  « Pourtant, 4 à 5 % des personnes concernées ne sont pas réceptives au projet. Elles sont aux prises avec des problèmes mentaux trop graves qui trouvent encore leur origine dans le génocide ».

 

La ministre de la Coopération au développement Meryame Kitir a mis l’éradication de l’extrême pauvreté au centre de ses préoccupations. L'éradication de la pauvreté est également le premier Objectif de Développement durable (ODD1).

ADA est un partenaire de la Coopération belge au Développement.