L'inégalité fait peser une lourde pression sur les populations et la planète


Publié le 26 janvier 2021
 

Des filles avec des bouteilles d'eau
© Shutterstock
 

La pandémie de covid-19 est un symptôme de la relation déréglée qui existe entre les humains et la planète. Le 30e rapport sur le développement humain (RDH) fait ressortir l’urgence de travailler en symbiose avec la nature, et non contre elle. Il importe également de s'attaquer aux inégalités alarmantes. Le RDH propose d’emblée un nouvel indice de développement qui tient compte de la pression que ces inégalités exercent sur la planète. La Coopération belge au Développement se dit satisfaite du rapport.

Depuis 30 ans, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) - un partenaire important de la Coopération belge au Développement - publie chaque année un Rapport sur le développement humain (RDH). Ce document contient, entre autres, un « indice de développement humain »(IDH) : un chiffre unique qui reflète la qualité de vie dans un pays donné. Ce résultat est calculé sur la base du niveau d'éducation, des soins de santé, du niveau de vie, etc.

L'indice de développement humain a été créé en 1990 en contre-réaction au produit intérieur brut (PIB), largement utilisé. Il s'agit là aussi d'un chiffre unique, mais qui ne se réfère qu'à la situation économique d'un pays et ne révèle rien sur la qualité de vie.
 

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Anthropocène

Trente ans plus tard, nous vivons dans un monde complètement différent. Aujourd'hui, la quasi-totalité de la population est convaincue de la portée considérable du développement humain sur la nature. Le dérèglement climatique, la perte tragique de la biodiversité et la pollution omniprésente en sont autant d'exemples. Nul endroit sur la planète n’a été épargné par les activités humaines. C'est pourquoi le 30e RDH inclut d'emblée le terme « anthropocène » dans son titre : une nouvelle ère géologique dominée par l'homme.

Le message clé à retenir est que le développement humain et la nature sont indissociables. « Notre avenir n'est pas une question de choix entre les hommes et les forêts », déclare Achim Steiner, directeur général du PNUD, dans son introduction. « Les deux vont nécessairement de pair. »


Indice adapté à la pression planétaire

Le rapport propose donc un nouvel indice : un indice de développement humain ajusté à la pression planétaire (IDHP). En d'autres termes, cet indice reflète la pression exercée sur la planète. Il repose sur deux indicateurs : les émissions de CO2 et l'empreinte écologique par habitant.

Cette démarche aboutit à des résultats surprenants. Plus de 50 États quittent le groupe à très haut développement humain, selon l'IDHP. Cela indique qu'ils sont très dépendants des combustibles fossiles et que leur empreinte écologique est importante. En revanche, des pays comme le Costa Rica, la Moldavie et le Panama gagnent au moins 30 places pour l'IDHP. Cela démontre qu'il est tout à fait possible de réduire la pression sur la planète.

En comparaison avec d'autres pays très développés, l'impact de la Belgique est encore acceptable.Notre pays se situe à la 14e place pour l'IDH (il était 17e l'année dernière), et monte même à la 10e place pour l'IDHP.
 

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Inégalité

Le rapport dresse un tableau très sombre de la planète et des activités humaines. S'il est bien connu que la combustion de combustibles fossiles émet beaucoup de CO2, les gouvernements continuent cependant de subventionner les combustibles fossiles à hauteur de 5 000 milliards de dollars par an, soit 6,5 % du PIB mondial.

Le plus surprenant reste l'accent mis sur l'inégalité, tant au sein des pays qu'entre eux. Cette inégalité conduit ceux qui possèdent le plus à récolter les bénéfices des ressources naturelles tout en exportant ses coûts (déforestation, dérèglement climatique...). Ces conséquences retombent alors sur les épaules des populations les plus pauvres. Ce mécanisme entrave leurs possibilités d'améliorer leur niveau de vie et de vivre en harmonie avec la nature. En bref, l'inégalité augmente la pression exercée sur la planète, et vice versa.

Par exemple, d'ici 2100, les pays les plus pauvres devront supporter chaque année 100 jours supplémentaires de conditions météorologiques extrêmes, alors que les pays riches en subiront 18 jours de moins. Si l'accord de Paris sur le climat était pleinement mis en œuvre, ce nombre pourrait être réduit de moitié.

Le rapport formule une série de propositions visant à résoudre les problèmes : reboisement et gestion attentive des forêts, sylviculture, économie circulaire, investissements dans un enseignement de qualité, des soins de santé performants et un niveau de vie plus élevé, un financement adéquat (en dehors des combustibles fossiles), etc. Mais la lutte contre les inégalités doit être au cœur de cette démarche. Les populations indigènes d'Amazonie, par exemple, qui prennent soin de leur environnement, doivent être beaucoup mieux soutenues et protégées contre les menaces.

Finalement, il faut s'attaquer aux graves inégalités de pouvoir et d'opportunités afin que chaque être humain puisse s'épanouir pleinement, dans le respect des limites de la planète.


Belgique

La Coopération belge au Développement salue ce rapport, qui contient également un certain nombre de conclusions pertinentes pour notre pays. En effet, pour la Belgique aussi, le dérèglement climatique constitue le défi de cette génération. « La relation que nous, en tant qu'êtres humains, entretenons avec notre environnement naturel doit être revue », déclare la ministre de la coopération au développement, Mme Kitir, dans sa déclaration de politique générale. « Le changement climatique est une réalité aujourd'hui, mais cette situation est encore plus concrète pour ceux qui vivent déjà dans des conditions précaires, dont les récoltes finissent détruites par la sécheresse ou dont le bétail est condamné à mourir. »

L'inégalité est également un point d'attention important pour la ministre. « L'inégalité nous menace tous », dit-elle. « Plus une société est inégale, plus le risque d'instabilité économique, de corruption, de criminalité, etc. est élevé. » La Belgique plaide donc auprès de ses partenaires pour augmenter les revenus des plus pauvres et inclure les groupes vulnérables. Notre pays s'engage également à soutenir ses pays partenaires dans leur lutte contre le changement climatique. Ces priorités ont été immédiatement traduites dans la réalité en les insérant dans de nouveaux programmes spécifiques de lutte contre le changement climatique au Sahel et pour la protection sociale en Afrique centrale.

 

Lisez également le communiqué de presse du PNUD à l'occasion du lancement belge du RDH 2020 : Broken societies put people and planet on collision course, says UNDP

Source : Human Development Report 2002: The next frontier:  Human development and the Anthropocene