Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique : des solutions africaines à des problèmes africains


Publié le 19 novembre 2020
 

Un policier rencontre des enfants
Un policier en patrouille en Somalie est accueilli
par des enfants (AMISOM).
© UN Photo/Stuart Price

 

De 2004 à 2019, l’Union européenne (UE) a contribué à hauteur de 2,7 milliards d’euros à la paix en Afrique via la Facilité de soutien à la paix pour l'Afrique (FPA), un investissement qui porte ses fruits.

En substance, la création de l'UE est née des efforts déployés pour transcender les divisions internes et promouvoir la paix. L’Union africaine (UA) a également reçu un mandat clair pour le maintien de la paix lors de sa création en 2002. Elle a mis en place une architecture spécifique à cette fin : l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS). Cette dernière est constituée de différents organes qui se sont vu attribuer un rôle dans le maintien de la paix en Afrique. Elle se compose, entre autres, d’un conseil central et de 8 communautés économiques régionales telles qu’ECOWAS (Afrique occidentale) et la SADC (Afrique méridionale).
 

Solutions africaines

En 2003, l’UA a demandé à l’UE si cette dernière souhaitait soutenir ses efforts de paix. L’UE a alors créé la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique. L’appropriation africaine y occupait une place centrale : la FPA apporterait des solutions africaines à des problèmes africains. Pourquoi l'UE a-t-elle répondu à cette question ? Parce que la paix en Afrique est cruciale pour la sécurité en Europe et prévient les migrations. Par ailleurs, la consolidation de la paix est indispensable au développement durable.

La FPA s’est concentrée sur les opérations de paix, mais a également soutenu l’AAPS dans son fonctionnement : prévention des conflits, gestion des conflits au moyen notamment d’une médiation, reconstruction post-conflit et thèmes spécifiques comme le terrorisme et la piraterie. Enfin, la FPA a également apporté son soutien à un Mécanisme de réponse rapide (Early Response Mechanism). En principe, ce mécanisme permet à l’UA d’intervenir dans un délai de 10 jours si un conflit risque de déraper. La prévention et la gestion des conflits font également partie des possibilités (voir encadré).
 

soldat avec fusil
Un soldat ougandais de l'opération de maintien de la paix AMISOM
lutte contre des terroristes près de Mogadiscio (Somalie).

© UN Photo/Stuart Price
 

14 opérations de paix

Depuis 2004, 14 opérations de paix ont eu lieu dans 19 pays, souvent dans un environnement hostile et dans un contexte politique sensible. De nombreuses opérations ont toutefois donné des résultats probants. Ainsi, entre 2007 et aujourd’hui, la mission la plus onéreuse – AMISOM en Somalie – a pu stabiliser un état défaillant à partir de 2007 et lui offrir des perspectives (voir encadré).

La FPA a également pris des engagements cruciaux au Sahel pour la sécurité européenne(lutte contre le terrorisme, criminalité internationale et traite des êtres humains), dans le bassin du Tchad (lutte contre le mouvement djihadiste Boko Haram) et en Gambie (prévention de la violence lors de la transition d’un régime autoritaire vers un régime démocratique). Au Burundi, les violences et les violations massives des droits de l’homme ont pu être découragées, même si l’impact reste assez limité.

 

FPA : les succès

  1. En 2006, des groupes terroristes tels qu’al-Chabab ont plongé la Somalie dans un chaos total. À partir de 2007, la FPA a déployé la mission de paix AMISOM. Aujourd’hui, le pays connaît une certaine stabilité, les structures de l’État ont été rebâties, des routes relient les capitales régionales à la capitale nationale, des élections ont eu lieu en 2017, le pays profite d’une légère croissance économique… Un transfert de pouvoir vers les services de sécurité somalien s’effectue progressivement. Le financement de l’UE, d’un montant total de 1,94 milliard d’euros, s’est révélé crucial lors de cette remarquable transition.
     
  2. L’indépendance du Soudan du Sud a marqué le début d’un conflit interne sanglant en 2013. Les parties belligérantes ont conclu un accord de paix en 2015. La mission CTSAMM de la FPA en assure le respect. Pour atteindre son objectif, elle dispose de 12 équipes qui parcourent le pays pour détecter des violations de l’accord : combats entre soldats, attaques contre des civils, recrutement d’enfants-soldats… Les équipes dialoguent avec la population et organisent des ateliers si nécessaire afin de présenter en détail l’accord de paix. L’approche donne déjà de bons résultats.
     
  3. En Sierra Leone, la FPA a mené une intervention dans le cadre du Mécanisme de réponse rapide. Elle a soutenu le processus électoral en 2018. Elle a misé principalement sur un dialogue constructif entre les partis politiques, qui a sans aucun doute contribué au déroulement pacifique des élections mais n’a pas encore permis d’éliminer toutes les tensions. En effet, après les élections, de puissants partis d'opposition au Parlement ont dû apprendre à collaborer. Là aussi, la FPA a pu démontrer son utilité.
workshop
Un atelier sur l'accord de paix au Sud Soudan.
© UN Photo/Isaac Billy  


Financement propre

Pas moins de 93 % du budget total de la FPA, soit 2,68 milliards d’euros, a été consacré aux opérations de paix. Environ 6 % des fonds ont été alloués au renforcement des capacités (y compris de l’architecture de paix) et 1 % à la réponse rapide.

L’UA s’investit pleinement dans la recherche d’un financement propre, entre autres via l’instauration d’une taxe sur les importations. Ce financement doit pouvoir couvrir 25 % des coûts liés aux opérations de paix. En outre, l’UA collabore avec d’autres partenaires tels que l’ONU et l’OTAN, ainsi qu’avec des pays spécifiques comme la Chine, les États-Unis et la Turquie.

De manière globale, la FPA a accompli un travail de qualité. Lors de leur collaboration, l’UE et l’UA ont entretenu de bonnes relations, et l’UA se trouvait toujours à la tête des opérations. Petit bémol : la procédure souvent très longue (appels d’offres…) pour le lancement d’une mission. Pour cette raison, un Mécanisme de réponse rapide a été institué en 2009.
 

Formation de la police
Une formation pour la police somalienne dans le cadre de l'AMISOM.
© UN Photo/Tobin Jones

 

Facilité européenne pour la paix

En 2021, la FPA sera suivie de la Facilité européenne pour la paix (FEP). Cette dernière se concentrera non seulement sur l’Afrique, mais sur le monde entier. Cet instrument européen ne sera plus étroitement lié à l’architecture de paix africaine et à l’UA. La FEP pourra fournir un soutien direct aux différents pays.

L’Afrique demeure, quoi qu’il en soit, un partenaire important dans le domaine de la paix et de la sécurité, avec une marge de manœuvre pour le renforcement des capacités par l’UE. Le FEP tiendra également compte de l’expérience acquise par la FPA. En effet, il ne peut y avoir de sécurité européenne sans sécurité internationale.

 

La Belgique et la FPA

Actuellement, la Belgique contribue à la FPA par le biais du Fonds européen de développement, l’instrument de l’UE pour la coopération avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Notre pays a également octroyé des sommes supplémentaires, dont 0,6 million d’euros pour une mission de paix en République centrafricaine.