Conferentie “Vers une alliance euro-africaine”: toespraak van minister Reynders

CHECK AGAINST DELIVERY

VERS UNE ALLIANCE EURO-AFRICAINE
DEFIS COMMUNS ET PERSPECTIVES

S.E. Didier REYNDERS
Vice-Premier Ministre
et Ministre des Affaires étrangères et européennes

Université Internationale de Rabat
27 novembre 2018

 

Monsieur le Président,
Monsieur le Doyen,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je suis ravi d’être de retour au Maroc pour la troisième fois cette année, après une visite bilatérale en janvier et une participation à une réunion du processus de Rabat qui s’est tenu à Marrakech au mois de mai.

Je tiens à vous remercier, Monsieur le Président, pour votre accueil très chaleureux. C’est un grand plaisir pour moi de me retrouver ici, devant tant de vos étudiants, dans cette université renommée. Je tiens aussi à remercier Sébastien Van Bellegem, Doyen de la faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication de l’Université Catholique de Louvain, et son équipe, pour cette initiative. Je vous félicite d’ailleurs pour votre partenariat avec l’UIR, conclu récemment, et qui contribuera davantage à l’intensification des relations humaines.

Le Maroc, Mesdames et Messieurs, est un pays qui m’est cher et avec lequel la Belgique entretien un lien particulier. Il faut remonter à 1862 pour retrouver les premières étapes de l’édification de nos relations. C’est en effet à cette époque que fut conclu notre premier accord, qui avait trait au développement de nos relations dans le domaine du commerce et de la navigation.

En 2014, nous avons célébré les 50 ans d’une autre étape importante de notre histoire commune, à savoir la convention relative à l’emploi de travailleurs marocains en Belgique.

Aujourd’hui, nous avons aux alentours de 500.000 binationaux qui sont très attachés aux échanges entre nos deux Royaumes.

Depuis un demi-siècle, la coopération belge est également présente au Maroc. Elle y contribue au développement et à la croissance.

Cette fois-ci, j’accompagne Son Altesse Royale la Princesse Astrid qui préside une mission économique, en tant que Représentante de Sa Majesté le Roi Philippe. Cette mission est donc le point d’orgue d’une année bien remplie. Alors que la coopération entre nos deux pays continue à croître dans un nombre important de domaines, nous souhaitons encore l’approfondir, avec un accent particulier sur le renforcement de nos liens économiques et commerciaux. Je suis convaincu que la mission servira de catalyseur, et il faudra veiller, avec nos partenaires marocains, à maintenir cet élan positif dans les prochaines années.

Je suis d’ailleurs très heureux d’avoir posé tout à l’heure la première pierre de la nouvelle Ambassade belge, ici à Rabat. Il s’agit de notre première Ambassade zéro énergie et complètement autonome. Elle pourra recharger les voitures et motos électriques de l’Ambassade qui devraient remplacer les véhicules les plus polluants. C’est une première mondiale pour notre réseau diplomatique, et symbolisera le dynamisme de nos relations.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Si la relation entre la Belgique et le Maroc est forte, c’est aussi parce que nos deux pays jouent un rôle moteur sur leurs continents respectifs.

La Belgique a participé à toutes les étapes de la construction européenne et d’autres organisations régionales. C’est en travaillant ensemble d’abord à petite échelle, puis dans des ensembles plus importants et de manière plus ambitieuse qu’on bâtit la paix et qu’on assure la prospérité. C’est ainsi que l’Europe a pu graduellement développer un marché intérieur, la libre circulation des citoyens, des politiques communes, une monnaie unique et même une politique étrangère commune. De nombreux chantiers restent en friche, sans parler des nombreux défis comme le Brexit. Je suis cependant convaincu qu’en Europe, comme ailleurs, on doit approfondir la coopération. Il faut le faire en démontrant de manière très concrète au citoyen la valeur ajoutée de l’Europe, que ce soit sur le plan du marché intérieur, de la digitalisation ou sur le plan international. Mais il faut aussi consolider notre coopération en l’approfondissant sur le plan des valeurs. Ce sont les valeurs qui sont le ciment de l’Union, sur lesquels reposent la solidarité européenne, notre crédibilité extérieure et notre avenir commun. C’est pour cela que j’ai lancé l’initiative d’échanger régulièrement entre Etats européens sur des questions d’Etat de droit, à l’instar de ce que nous faisons déjà sur les politiques économiques et budgétaires. 

Voltaire le disait déjà : "Notre continent entier nous prouve qu'il ne faut ni annoncer, ni exercer l'intolérance.”

Vous l’avez compris, c’est une Europe efficace et ouverte au monde que je défends.

Le Maroc également a pris pleinement la mesure des enjeux régionaux.  Je me réjouis de la réintégration du Maroc au sein de l’Union Africaine l’année dernière. Celle-ci va de pair avec un approfondissement des relations entre le Maroc et de nombreux autres pays du Continent. Le Maroc est en effet fortement connecté au reste du Continent, il en tire des bénéfice, mais en subit également toutes les conséquences. Un des chaînons manquants se situent justement en Afrique du Nord. Je suis conscient de tout le passé, mais aussi persuadé de la nécessité d’une intégration de l’Afrique du Nord, qui, sur des questions très concrètes comme les infrastructures, l’énergie ou le passage de frontières, serait d’une grande valeur pour les citoyens.

Là aussi, je suis convaincu que le Maroc a un rôle important à jouer. Le monde des entreprises belge a d’ailleurs compris que le Maroc a connu une évolution importante ces dernières années, et est devenu un partenaire stratégique, au carrefour des marchés européens et africains.

Dans ce contexte, je salue d’ailleurs votre idée de la co-construction d’une maison africaine des sciences humaines en environnementales à Rabat. La création d’un tel hub pour des chercheurs européens et africains pourrait être un lieu commun de production et diffusion de connaissance sur l’Afrique, autour des savoirs nécessaires au développement durable des sociétés. Cette initiative a le potentiel d’appuyer et renforcer une coopération belgo-marocaine sur le continent africain.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Vous le savez, la relation entre l’Europe et l’Afrique est une relation de voisinage. Ce qui se passe en Afrique a un impact direct sur l’Europe et vice-versa, que ce soit sur le plan des conflits, des évolutions migratoires, ou des enjeux économiques. Nous avons des intérêts communs que nous devons pouvoir défendre ensemble.  Cette relation doit donc tout naturellement être une relation de proximité et offrir des perspectives à nos citoyens. 

Cela passe aussi par un dialogue direct : des Sommets, mais aussi des contacts directs entre les Commissions de l’Union européenne et l’Union africaine. J’ai moi-même multiplié les contacts avec la Commission de l’Union Africaine, comme je le fais également avec mes homologues dans les différents pays africains. Je soutiens « l’Alliance Afrique – Europe » qui a été lancée pour approfondir les relations économiques et dynamiser les investissements et l'emploi. Le Président Juncker a raison : l’Afrique n’a pas besoin de charité, elle a besoin d’un vrai partenariat.

Le lancement cet été, ici à Rabat, du Plan d’investissement extérieur témoigne de la volonté de l’Union européenne de canaliser des investissements vers les pays africains. Le Maroc est là aussi un partenaire privilégié.

Les pays africains ont besoin d'investissements de 3,3 à 4,5 milliards de dollars annuels pour atteindre leurs objectifs de développement durable, alors que le niveau actuel des investissements publics et privés sur le Continent est évalué à environ 1,4 milliard de dollars. Doté de 4,1 milliards d’euros, le Plan d'investissement extérieur veut s'attaquer à ce déficit de financement en mobilisant les investissements publics et privés de manière innovante.

Le Plan d’investissement extérieur doit donner un appui au développement un réel partenariat entre l’Afrique et l’Europe. Car nous devons faire face à des défis communs : le changement climatique, les conflits armés, les enjeux liés à la pauvreté, la migration …

Nous vivons une époque extraordinaire, où chaque personne est reliée à l’ensemble de l’humanité ; mais aussi dans un monde de plus en plus complexe, où il peut être tentant de se réfugier dans le repli sur soi, à la recherche d’une illusoire simplification. Or, plus que jamais, seule la coopération multilatérale entre nations peut permettre de répondre à ces défis qui transcendent les frontières.

Les questions de migrations en sont un bon exemple. On ne peut les évacuer comme certains le souhaitent par des décisions unilatérales ou en évitant tout dialogue: ni en fermant les frontières, ni en fermant les yeux sur les conséquences tragiques d’une émigration incontrôlée. Nos deux pays l’ont bien compris, un dialogue sur ces questions est indispensable. En 2006, c’est ainsi dans cette ville même qu’était lancé un dialogue constructif entre européens et africains sur la migration, connu sous le nom de Processus de Rabat, que j’ai eu l’honneur de présider cette année – à Marrakech. L’année suivante, la Belgique a été la première à accueillir le Forum Mondial sur la Migration et le Développement, qui se tiendra pour la onzième fois la semaine prochaine, aussi à Marrakech.

Et bien sûr, c’est encore Marrakech qui accueillera, quelques jours plus tard, le sommet où sera adopté le Pacte Mondial sur les Migrations. Je tiens à le dire ici, ce document, qui a fait couler beaucoup d’encre dans beaucoup de pays, y compris dans le mien, est une avancée majeure. Il est l’aboutissement, à l’échelle mondiale, des initiatives de dialogue lancées il y a un peu plus de dix ans. Il n’impose rien à personne et tous les Etats qui l’adopteront restent libres de déterminer comment le mettre en œuvre. Sa valeur est ailleurs : pour la première fois, la quasi-totalité des Etats du monde auront exprimé leur volonté commune de faire de la migration un phénomène humain sûr, digne et ordonné. Il fournit ainsi une base sur laquelle une véritable coopération pourra se développer, dans l’intérêt de tous nos citoyens.

Tout naturellement, des contacts privilégiés entre européens et africains  doivent aussi avoir lieu dans les enceintes multilatérales. La Belgique, qui siègera dès janvier en tant que membre non-permanent du Conseil de Sécurité, veillera à se faire le porte-voix des intérêts du Continent, en étroite concertation avec les membres africains du Conseil de sécurité et de l’Union Africaine.  

L’Organisation Internationale de la Francophonie est également un lieu privilégié de dialogue avec les pays africains. Nous avons constaté lors du dernier Sommet à Erevan combien le consensus était important. L’OIF doit devenir non seulement un vecteur de propagation de la langue française et du multilinguisme, mais également un acteur dans la défense des valeurs de la Francophonie que sont la paix, la démocratie et les droits de l’homme.  Je suis aussi très attaché à la dimension économique de la Francophonie. Vu leurs liens linguistiques et culturels, les entreprises des pays francophones sont particulièrement bien placées pour soutenir le développement humain des pays de la Francophonie.

Le multilatéralisme se traduit également sur le plan commercial. Je tiens à saluer l’intégration économique régionale du Continent, qui se voit encouragée par la signature de l'accord créant une Zone de libre-échange continentale en mars dernier à Kigali, lors du Sommet de l’Union africaine. Le soutien de poids lourds économiques régionaux tels que le Maroc, est un élément important si l’on veut qu’une telle zone permette la croissance des investissements étrangers directs.

Je ne peux que saluer le multilatéralisme effectif que le Continent suit. Malgré ses défis, le multilatéralisme reste l’instrument vital pour pouvoir développer et sécuriser nos sociétés. Ce n’est pas une question de foi, mais un choix rationnel.

L’Europe et la Belgique sont malheureusement bien placés pour le savoir. Je voudrais mentionner un élément en particulier, trop méconnu en Belgique mais dont l’importance mérite d’être soulignée, alors que nous venons de commémorer le centenaire de l’Armistice de la Grande Guerre et que nous assistons aujourd’hui à une résurgence inquiétante des nationalismes : le soutien et le sacrifice du peuple marocain lorsque nous étions confrontés à la barbarie. Nous n’oublions pas que lorsqu’il s’est agi de lutter contre le nazisme pendant la seconde guerre mondiale, plus de 2.000 soldats marocains se sont battus à nos côtés à Gembloux, et que très peu d’entre eux ont survécu.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

L’Afrique revêt une grande importance pour mon pays, la Belgique. Certes, nous avons des relations historiques avec certains pays, mais nous souhaitons diversifier notre partenariat. Nous le faisons en intégrant les différentes dimensions de notre action par ce que l’on appelle une approche globale. Sur le plan de la diplomatie, nous avons renforcé notre présence, en particulier dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest. Sur le plan de la sécurité, nous avons renforcé notre présence au Sahel, notamment au sein de la MINUSMA dont le commandement militaire a été assuré jusqu’il y a peu par un Belge, le général Deconinck. Enfin, à une exception près (la Palestine), tous nos partenaires de coopération sont en Afrique. La Belgique travaille avec ses partenaires africains pour une croissance inclusive et pour que la prospérité et les droits des citoyens soient garantis.

Pour la Belgique, l’Afrique est avant tout un continent de talents et d’opportunités. Je souhaite aider nos entreprises à contribuer à la croissance de l’Afrique. La Belgique est reconnue dans une série de secteurs comme le transport et la logistique, l’assainissement et l’agro-alimentaire. Ce sont des secteurs où la Belgique dispose d’une réelle expertise. Cette présence économique va de pair avec un renforcement de capacités. Elle impose aussi de respecter certaines normes.

C’est ce qui explique la présence de la Princesse Astrid et de plus de 450 acteurs économiques ici au Maroc dans le cadre de ce qui est la plus importante mission princière à ce jour de mon pays. Les relations économiques entre nos pays sont soutenues : en 2017 nous échangions pour 1 milliard 200 millions EUR. Mais il y a encore de nombreuses opportunités à saisir. Cette mission sera d’ailleurs aussi l’occasion d’attirer l’attention sur le potentiel et le talent de la communauté d’origine marocaine en Belgique, qui est active dans un large éventail de secteurs, et qui peut jouer un rôle moteur dans l’intensification de nos relations bilatérales. Je ne doute pas qu’un pays qui vient de lancer son deuxième satellite d’exploration, offre de nombreuses opportunités, notamment dans les nouvelles technologies.  

Pour conclure, chers amis, il y a quelques jours, à Bruxelles, j’échangeais avec des étudiants belges sur l’avenir de l’Europe, et leurs attentes. J’ai été frappé par l’importance qu’ils accordent aux questions de développement durable, ainsi qu’à la question du respect de l’état de droit et des droits fondamentaux, au sein même de l’Union européenne. Ils souhaitaient tous une Europe plus forte, même s’ils étaient parfois en désaccord sur comment y arriver.

Je leur ai envoyé le message que je souhaite vous envoyer aujourd’hui :

l’avenir n’est pas écrit,
il se construit,
et si nous y travaillons aujourd’hui,
c’est votre génération,
qui définira le projet qu’elle souhaite pour le continent africain de demain,
et qui continuera la relation entre l’Afrique et l’Europe, en se tournant vers l’avenir

Je vous remercie.