Toespraak van minister Didier Reynders tijdens de 34ste sessie van de Raad voor Mensenrechten

(Toespraak uitgesproken in het Frans)

 
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire-Général,
Monsieur le Haut-Commissaire,
Excellences,
Chers collègues, Mesdames et Messieurs,

C’est un plaisir et un privilège pour moi de pouvoir m’adresser de nouveau à cette haute assemblée. Tout en m’alignant pleinement sur la déclaration de l’Union européenne, je souhaiterais vous faire part des priorités du gouvernement belge et de quelques réflexions sur les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui en matière de droits de l’Homme.

La Belgique mène une politique étrangère qui vise à renforcer le lien entre les trois piliers fondamentaux de l’Organisation des Nations Unies : paix et sécurité, développement et droits humains. Elle œuvre à la promotion et la protection des droits de l’Homme dans un cadre multilatéral, et respecte les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels comme des droits universels, indissociables et interdépendants. Pour mieux contribuer aux efforts internationaux, et pour œuvrer à une action plus efficace du Conseil des droits de l’homme, mon pays a sollicité ce deuxième mandat au Conseil. Nous restons très reconnaissants à tous ceux qui ont bien voulu nous soutenir. Lors de son élection, la Belgique s’est engagée à veiller à la cohérence entre son action internationale, et le respect des droits de l’Homme à l’intérieur de ses propres frontières et au sein de l’Union européenne. Comme je l’ai confirmé lors de la présentation de notre bilan dans le cadre de l’examen périodique universel, c’est un engagement auquel je veille personnellement.

Monsieur le Président,   

A l’heure où le monde est secoué par des attentats terroristes, nous avons tous à l’esprit les terribles souffrances des victimes de la terreur extrémiste, où qu’elle se produise. En Belgique, nous nous préparons à commémorer, le mois prochain, l’anniversaire des attentats horribles et ignobles qui ont touché notre aéroport national et une station de métro de la capitale. Je tiens à vous remercier tous, encore une fois, pour vos démonstrations de sympathie, de compassion et de soutien à cette occasion.

La Belgique, comme nombre d’autres pays, met en place de nouvelles mesures pour faire face aux menaces qui pèsent sur nos sociétés. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il est crucial d’assurer le respect absolu des droits de l’Homme et du droit humanitaire.  Lorsque l’exercice des libertés régresse, c’est en effet la démocratie même qui est en danger. La Belgique s’est engagée à garantir les droits fondamentaux de l’individu dans ses mesures nationales contre le terrorisme. Toute réponse, qu’elle soit législative, administrative, ou par le biais d’interventions des forces de l’ordre, doit répondre aux critère de proportionnalité entre la sécurité de la population et le respect des libertés fondamentales.

En outre, la Belgique pratique et souhaite promouvoir une approche dite ‘holistique’ de la lutte contre le terrorisme. Une approche qui intègre la prévention, la répression judiciaire, et la réhabilitation, et considère ces trois composantes comme aussi essentielles les unes que les autres. Car il ne suffit pas de lutter contre les actes terroristes eux-mêmes : pour y mettre fin durablement, il faut s’attaquer aux discours extrémistes, et apporter d’autres réponses à ceux que ces discours cherchent à séduire.

Cette approche demande une coopération internationale renforcée dans le cadre de la lutte contre les réseaux terroristes, la radicalisation et l’extrémisme violent. Nous espérons que le Conseil continuera à s’exprimer d’une manière forte et consensuelle à propos de la lutte contre le terrorisme, avec une attention prioritaire pour les engagements des Etats en matière de droits de l’Homme, ainsi que pour le sort des victimes, et la nécessité de coopération internationale pour traduire en justice les responsables de ces crimes.  La démocratie, les droits humains et l’état de droit, la tolérance, le dialogue et le respect des différences sont des armes bien supérieures et plus efficaces que la haine et l’exclusion, les armes préférées des extrémistes. 

Une autre réponse à l’extrémisme est un engagement renforcé dans la lutte contre la discrimination. J’encourage le Conseil des droits de l’Homme à poursuivre ses efforts contre toutes les discriminations, qu’elles soient basées sur la couleur de la peau, le sexe, le genre ou la religion, et pour permettre une participation de tous à la vie publique et politique. Le concept de « leave no one behind » est le fondement même de l’Agenda 2030. Refuser l’universalité des droits de l’Homme, c’est introduire des notions discriminatoires, nocives et déstabilisantes dans un concept qui touche à la nature même de l’individu. Dans son projet de résolution sur les ‘arrangements régionaux’, la Belgique proposera la promotion d’une meilleure coopération entre les Nations Unies et les organes régionaux en matière de droits de l’Homme pour combattre le fléau du racisme. En parallèle, au niveau national, la Belgique est en train de lancer les travaux en vue de l’adoption d’un plan d’action national contre le racisme.

Monsieur le Président,

Le respect des droits humains est un impératif en toutes circonstances, et même encore davantage dans des zones en proie à la guerre et la violence. Le Conseil des droits de l’Homme, forum de dialogue et d’échange de bonnes pratiques, doit aussi se pencher, quand la situation le requiert, sur les violations ou abus graves et systémiques des droits fondamentaux.  La Belgique est un des pays qui plaident activement et sans relâche pour le respect du droit international humanitaire, en toutes circonstances. La protection des civils dans les conflits armés doit être assurée, l’inviolabilité des hôpitaux et écoles respectée, et l’accès de l’aide humanitaire doit être octroyé partout où cela est nécessaire, sans entraves, délais, ou conditions préalables. On ne peut qu’espérer que la trêve qui semble se mettre en place en Syrie permettra l’accès d’une aide humanitaire indispensable et urgente pour soutenir la population, et qu’elle permettra également la reprise des négociations de paix sous l’égide des Nations Unies, pour mettre enfin fin au langage des armes sur le terrain.

Les droits de l’Homme et le droit international humanitaire ont pour objet de protéger les plus faibles et d’alléger les souffrances des victimes.  Adopter la perspective des victimes, cela signifie aussi lutter contre l’impunité. Il faut pouvoir garantir aux victimes que les coupables de violations des droits humains seront identifiés et jugés, et que toutes les mesures nécessaires sont prises afin d’éviter que ces violations se reproduisent. C’est dans cet esprit que mon pays a plaidé vigoureusement pour la création par l’Assemblée Générale, en décembre dernier, du Mécanisme International, Impartial et Indépendant pour appuyer les enquêtes et les poursuites contre les auteurs des crimes les plus graves de droit international en Syrie, et que la Belgique a décidé de contribuer financièrement à la mise en place de ce nouvel organisme.

Monsieur le Président,

Dans le cadre de leur candidature au Conseil des droits de l’Homme, les Etats membres s’engagent à appuyer et renforcer les organes du système de protection des droits de l’Homme de l’ONU, et à assurer le prolongement de cette protection au niveau national.  Le respect des droits de l’Homme est une obligation légale et morale, qui continue à s’imposer lors de situations de conflit ou de tension interne. Il est important qu’un regard multilatéral offre une analyse impartiale au regard des fondamentaux universels pendant de telles périodes de crise interne. Je fais donc un appel aux membres du Conseil, ainsi qu’aux observateurs qui participent à nos travaux, à coopérer pleinement avec les instruments du Conseil, et avec les représentants du Haut-Commissariat et des organes conventionnels dans le cadre de ces obligations internationales.       

Monsieur le Président,

Je souhaiterais terminer mon intervention en rappelant, par quelques exemples concrets, l’engagement de la Belgique pour la promotion et la protection des droits de l’Homme.

  • En novembre 2016, le Ministère belge des Affaires Etrangères a organisé, avec la Commission européenne, une table ronde au niveau des experts de l’Union Africaine et de l’Union Européenne, afin d’approfondir les opportunités de coopération entre ces deux organisations régionales sur le thème essentiel de la justice transitionnelle. Le Rapporteur Spécial du Conseil des Droits de l’Homme, Monsieur Pablo De Greiff, nous y a honorés de sa présence;
  • Le 10 février dernier, nous avons reçu des invités des Nations Unies, de l’Union Européenne, de l’Organisation de l’Atlantique Nord et de l’Union Africaine pour une Conférence sur les Enfants et les Conflits Armés. Cette conférence a permis un échange d’expériences entre ces organisations, et un débat ouvert sur le développement des politiques de protection, sur la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité, et sur la formation en matière de protection des enfants pour les acteurs militaires et civils, en préparation des opérations et missions internationales. Je remercie Madame Leila Zerrougui, sous-Secrétaire-Générale, Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés des Nations Unies, pour sa présence très appréciée à cette conférence;
  • Enfin, le deux mars prochain, la Belgique aura l’honneur d’être pays hôte, en collaboration étroite avec les Pays-Bas, la Suède et le Danemark, de la Conférence « She Decides », une conférence Ministérielle sur les droits humains des femmes, en particulier les droits sexuels et reproductifs. Les femmes y témoigneront de l'importance de ces droits pour leur propre santé, leur situation socioéconomique et leur développement personnel. Les agences des Nations Unies et les organisations non gouvernementales expliqueront leur travail, qui fait de ces droits une réalité pour des millions de femmes et de filles dans le monde. Je remercie tous ceux qui ont déjà accepté notre invitation.

Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais conclure en confirmant à nouveau l’engagement de mon pays en faveur des travaux du Haut-Commissariat et du Conseil. La Belgique continue à considérer ce Conseil des Droits de l’Homme avant tout comme un forum de dialogue, auquel nous espérons pouvoir contribuer par le partage d’expériences et la coopération entre pairs. Comme nous le soulignons dans le cadre de la campagne que nous menons pour siéger au Conseil de sécurité en 2019 et 2020, la Belgique a comme ambition de bâtir le consensus et d’agir pour la paix.

Je vous remercie de votre attention.