La région du Golfe a le vent en poupe

Notre couple royal a récemment effectué une visite officielle à Oman et aux Émirats Arabes Unis. Comment expliquer cette attention portée à la région du Golfe ? La réponse se trouve du côté des opportunités économiques de plus en plus nombreuses qu’offrent ces États

  1. Toujours valable le
  2. Dernière mise à jour le
Image
Notre couple royal lors de la visite du port de Duqm

Notre couple royal lors de la visite du port de Duqm (Oman, février 2022). © Port of Duqm SAOC

Du 2 au 5 février 2022, notre couple royal a effectué une visite officielle à Oman et aux Émirats Arabes Unis (EAU), qui accueillaient l’exposition universelle 2020 de Dubaï jusque fin mars. Ce n’était pas la première visite belge de haut niveau dans la région : S.A.R. la Princesse Astrid avait déjà mené en 2014 une mission économique en Arabie Saoudite et à Oman, et en 2015 au Qatar et dans les EAU.

Au début de l’année 2021, Sa Majesté le Roi s’est rendu à Oman pour présenter ses condoléances au nouveau sultan après le décès de Sa Majesté le Sultan Qabous, père de ce petit État du Golfe. Ces visites royales et princières aux monarchies du Golfe contribuent au renforcement de nos relations bilatérales avec ces pays, tant sur les plans politique qu’économique.

L’intérêt porté par la Belgique à la région du Golfe est manifeste (voir encadré). Notre pays y possède quatre ambassades. Les agences régionales de promotion du commerce extérieur (FIT, AWEX et hub.brussels) y sont également bien représentées. En 2021, nos exportations vers ces six pays s’élevaient à environ 7 milliards d'euros, contre 6,5 milliards d’importations. L'Union européenne (UE) s’efforce elle aussi de resserrer les liens avec la région du Golfe.

La région du Golfe

Par « région du Golfe », nous entendons les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), à savoir l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, les Émirats Arabes Unis (EAU), le Koweït, Oman et le Qatar. Cette union économique a été fondée en 1981, avec entre autres ambitions l’établissement d’un marché intérieur unique et l’adoption d’une monnaie commune. Malgré des dissensions politiques internes, ces objectifs demeurent inchangés.

Image
Carte région du Golfe

© Shutterstock

Un enjeu politique et géopolitique

Les États du Golfe revêtent une importance politique et géopolitique particulière pour la Belgique et l’UE. En effet, ils se situent dans une région en proie à des conflits majeurs (Syrie, Yémen, etc.) et à des tensions, notamment face à la superpuissance régionale iranienne. En outre, il s’agit de garder à l’esprit l’importante diversité qui caractérise les États du Golfe. En témoigne la sévère crise interne qu’a connue le CCG (voir encadré) entre 2017 et 2021.

Il est donc primordial que l’UE et ses États membres entretiennent un dialogue constructif et une collaboration fructueuse avec ces pays. La stabilité de la région du Golfe et des alentours, la volonté de résoudre les multiples conflits, la lutte commune contre le terrorisme et l’extrémisme ou encore le soutien au multilatéralisme ne constituent que quelques-uns des nombreux sujets inscrits en priorité à l’ordre du jour.

Les droits humains, thème central de la diplomatie belge, demeurent une autre priorité dans le cadre de notre dialogue politique avec les États du Golfe. Les questions telles que la peine de mort, les droits des femmes, les droits des travailleurs immigrés et la liberté d’expression sont abordées à tous niveaux.

Image
Burj Khalifa

Vue de Dubaï, avec au centre le Burj Khalifa, le plus haut gratte-ciel du monde, coproduit par la société belge BESIX. © Shutterstock

Un enjeu économique

Sur le plan économique, l’exploitation du pétrole et du gaz confère une importance cruciale à la région depuis plusieurs décennies. Les États du Golfe dépendent encore en grande partie des revenus du pétrole et du gaz – qui représentent plus de la moitié des recettes publiques – mais sont conscients de la nécessité de diversifier leurs économies.

Cette indispensable diversification exige entre autres d’adapter le secteur de l’éducation et de la formation ainsi que de renforcer le rôle des femmes au sein de l’économie et de la société. Offrir suffisamment d’emplois à la population très jeune constitue un autre défi auquel la région doit faire face. Autant d’éléments qui expliquent la période de profondes mutations que traversent actuellement les États du Golfe au sein de leur société.

La plupart des États du Golfe cherchent activement à gagner chacun en attractivité, tant auprès des investisseurs que des touristes. Ces dernières années, ils ont ainsi organisé davantage de grands événements internationaux. Citons par exemple les Championnats du monde d’athlétisme au Qatar en 2019 ou la Coupe du monde de la FIFA qui aura lieu à la fin de cette année, sans oublier le rallye Dakar en Arabie Saoudite et l’exposition universelle à Dubaï.

La diversification économique de la région porte entre autres sur les énergies renouvelables, les soins de santé, la gestion des déchets, les travaux portuaires et d’infrastructures, le tourisme, la sécurité alimentaire et les technologies. Autrement dit, des domaines dans lesquels la Belgique excelle.

Notre pays a déjà bien assis sa présence économique dans la région du Golfe. Elle est d’ailleurs souvent très visible. À Dubaï, l’entreprise belge BESIX a par exemple participé à la construction de la mondialement célèbre tour Burj Khalifa qui, du haut de ses 828 m, détient le record du plus grand gratte-ciel au monde. Les entreprises de dragage DEME et Jan De Nul ont elles aussi laissé une véritable empreinte dans la région, notamment grâce à la création d’îles artificielles au large des EAU.

Caractérisée par un réel potentiel de renforcer davantage cette présence économique belge et nos relations commerciales, la récente visite royale dans la région tombait à point nommé.

Image
Notre couple royal, juste après l'inauguration officielle du port de Duqm. A l'extrême gauche, le frère de S.M. le Sultan

Notre couple royal, juste après l'inauguration officielle du port de Duqm. A l'extrême gauche, le frère de S.M. le Sultan. © Port of Duqm SAOC

Transition énergétique

La transition énergétique offre de nombreuses possibilités pour nos entreprises. La région du Golfe présente en effet divers atouts : soleil, vent, espace, mer et … capital d’investissement. Notre pays est malheureusement moins bien loti en la matière. En revanche, il dispose d’une vaste expertise dans le domaine. En résumé, la Belgique et la région du Golfe se complètent parfaitement. Il s’agit dès lors d’une occasion en or pour notre pays, car, seul, il ne pourra jamais atteindre son objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050. Des collaborations de ce type s’avèrent donc cruellement nécessaires.

La visite du couple royal à Oman témoigne du potentiel de la région du Golfe pour nos entreprises et de sa complémentarité avec notre pays. À Duqm, Leurs Majestés ont visité Hyport, une unité de production d’hydrogène vert actuellement en construction qui est née d’une collaboration ambitieuse entre l’entreprise belge DEME et la société énergétique omanaise OQ.

Hyport récupérera de l’énergie éolienne et solaire qui sera ensuite partiellement convertie en hydrogène vert et en dérivés tels que du méthanol vert ou de l’ammoniac. Une partie de cette production sera exportée en Europe, entre autres à destination du pôle pétrochimique d’Anvers.

Ces exportations seront réalisées depuis le nouveau port de Duqm, inauguré officiellement en présence de Sa Majesté le Roi et du frère de Sa Majesté le Sultan. Ce nouveau port est également le fruit d’un partenariat belgo-omanais, entre le consortium belge CAP (Consortium Antwerp Port, une alliance du port d’Anvers avec DEME) et la société omanaise Asyad.

Image
Panneaux solaires à l'Exposition universelle de Dubaï 2020

Un pays comme les EAU a compris le défi du changement climatique et la nécessité des énergies renouvelables. Photo : Panneaux solaires à l'Exposition universelle de Dubaï 2020. © Shutterstock

Comme la Belgique, les États du Golfe sont bien conscients des défis climatiques. Toutefois, tous ne s’engagent pas au même rythme dans la transition énergétique et tous ne présentent pas le même potentiel en matière d’énergies renouvelables. En revanche, l’ensemble des États du Golfe a annoncé des plans climatiques ambitieux à l’occasion du récent sommet sur le climat de la COP26 à Glasgow. Que ce soient les EAU – précurseurs dans le domaine de la diversification – qui organisent la COP28 en 2023 revêt également un caractère hautement symbolique.

La région du Golfe a énormément à offrir à la Belgique, non seulement pour faciliter la transition vers la neutralité climatique, mais dans bien d’autres domaines également. Un très grand nombre d’entreprises belges sont déjà actives dans la région et ont même joué un rôle crucial dans la transformation colossale qui s’est opérée dans les États du Golfe en un court laps de temps. En collaboration avec l’UE, notre pays souhaite favoriser l’épanouissement de cette région très prometteuse.